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PLACEBO ROCKHAL · LUXEMBOURG VENDREDI 9 OCTOBRE 2026

                                                                             
Les billets s’étaient arrachés en quelques minutes, et c’est devant une Rockhal d’Esch-sur-Alzette comble que Placebo fêtait hier soir les trente ans de son premier album, avec un concert tourné vers « Placebo », paru en 1996, et vers son successeur « Without You I’m Nothing », arrivé deux ans plus tard, deux albums dont le groupe ne distillait plus les titres qu’au compte-gouttes sur scène ces dernières années. Certains d’entre eux, comme « You Don’t Care About Us » ou « Bruise Pristine », n’y avaient d’ailleurs plus été joués depuis le début des années 2000.

Seuls le nouveau single « Helen Keller », sorti le 28 septembre, et les deux reprises jouées en rappel s’écartent de ce cadre, même si « Helen Keller » conserve l’inquiétante mélodie de clavier de « H.K. Farewell », un instrumental caché de l’époque du premier album.

En juillet dernier, j’avais vu Brian Molko, le chanteur de Placebo, participer sans son groupe à la soirée que le Southbank Centre de Londres dédiait à « The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars », l’album de 1972 où David Bowie donne vie à son alter ego extraterrestre. J’avais été surpris par la complicité qu’il avait nouée avec la salle, lui qui n’avait pas hésité à descendre parmi les spectateurs pour leur serrer la main pendant « Rock ‘n’ Roll Suicide », ce titre où Ziggy réclame justement les mains de son public.

Lors de ses tournées récentes, Placebo avait pris l’habitude de donner des concerts très professionnels, généralement assez courts, où l’échange avec le public se limitait au strict minimum, ce qui avait valu au groupe, chez ses détracteurs, une réputation de froideur et de distance. C’est un tout autre Placebo qui a investi hier la scène luxembourgeoise. La scénographie est soignée, avec une introduction immersive qui nous fait voyager à travers trois décennies d’histoire du groupe et glisse plusieurs clins d’œil à David Bowie. Quant au chanteur Brian Molko, il multiplie désormais les échanges avec le public et ose de plus en plus s’avancer vers les premiers rangs, parfois même sans guitare, pour aller y chercher une réaction et une émotion.

Le programme est remarquablement équilibré, et seul un spectateur tatillon regrettera quelques temps morts entre certains titres, sans que cela suffise à gâcher le plaisir. Fidèlement rejouées, à l’exception de « 36 Degrees » qui bénéficie d’un nouvel arrangement, les compositions de 1996 et de 1998 n’ont rien perdu de leur énergie. La foule est conquise par des classiques comme « Come Home », « Bionic », « Allergic (To Thoughts of Mother Earth) », « Brick Shithouse » ou « Nancy Boy ». Dans les passages plus calmes, avec « My Sweet Prince », « Lady of the Flowers » ou « I Know », s’installe une belle communion, et l’on sent à quel point ces titres ont marqué une partie du public trente ans auparavant.

Il reste un petit goût de trop peu pour le titre « Without You I’m Nothing », que Placebo avait réenregistré en duo avec David Bowie en 1999, et pour « Every You Every Me », qui ouvre les rappels, deux moments forts que le groupe emballe un peu trop vite à notre goût.

Le concert se referme sur deux reprises, « I Feel You » de Depeche Mode et « Running Up That Hill (A Deal With God) » de Kate Bush, et l’on ressort de la Rockhal ému, porté par cette vague d’énergie et, avouons-le, de nostalgie. Mais s’il fallait résumer ce concert et cette tournée d’un seul mot, ce serait celui de générosité, une générosité qu’on attendait depuis longtemps de la part de Placebo.

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