Drôle de chemin que de découvrir un artiste à l’occasion de sa tournée d’adieux. C’est pourtant ce qui m’est arrivé hier soir au Forum de Liège, sur les conseils avisés de Valérie Deprez, que je remercie au passage d’avoir insisté. Je connaissais bien sûr les quelques standards qui passent sur Classic 21, mais sans jamais vraiment accrocher, et comme je ne suis pas un grand amateur de rock chanté en français, la soirée ne partait pas sous les meilleurs auspices. Et pourtant, ce que j’ai découvert hier, c’est un univers riche et intrigant, nourri notamment par l’influence sombre d’Edgar Allan Poe, un artiste qui entretient avec son public une connexion rare, et de l’émotion, beaucoup d’émotion. Merci donc à vous, Hubert-Felix Thiefaine, pour ce moment, et je me réjouis de vous revoir une dernière fois en janvier au Cirque Royal de Bruxelles.
Les billets s’étaient arrachés en quelques minutes, et c’est devant une Rockhal d’Esch-sur-Alzette comble que Placebo fêtait hier soir les trente ans de son premier album, avec un concert tourné vers « Placebo », paru en 1996, et vers son successeur « Without You I’m Nothing », arrivé deux ans plus tard, deux albums dont le groupe ne distillait plus les titres qu’au compte-gouttes sur scène ces dernières années. Certains d’entre eux, comme « You Don’t Care About Us » ou « Bruise Pristine », n’y avaient d’ailleurs plus été joués depuis le début des années 2000.
Seuls le nouveau single « Helen Keller », sorti le 28 septembre, et les deux reprises jouées en rappel s’écartent de ce cadre, même si « Helen Keller » conserve l’inquiétante mélodie de clavier de « H.K. Farewell », un instrumental caché de l’époque du premier album.
En juillet dernier, j’avais vu Brian Molko, le chanteur de Placebo, participer sans son groupe à la soirée que le Southbank Centre de Londres dédiait à « The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars », l’album de 1972 où David Bowie donne vie à son alter ego extraterrestre. J’avais été surpris par la complicité qu’il avait nouée avec la salle, lui qui n’avait pas hésité à descendre parmi les spectateurs pour leur serrer la main pendant « Rock ‘n’ Roll Suicide », ce titre où Ziggy réclame justement les mains de son public.
Lors de ses tournées récentes, Placebo avait pris l’habitude de donner des concerts très professionnels, généralement assez courts, où l’échange avec le public se limitait au strict minimum, ce qui avait valu au groupe, chez ses détracteurs, une réputation de froideur et de distance. C’est un tout autre Placebo qui a investi hier la scène luxembourgeoise. La scénographie est soignée, avec une introduction immersive qui nous fait voyager à travers trois décennies d’histoire du groupe et glisse plusieurs clins d’œil à David Bowie. Quant au chanteur Brian Molko, il multiplie désormais les échanges avec le public et ose de plus en plus s’avancer vers les premiers rangs, parfois même sans guitare, pour aller y chercher une réaction et une émotion.
Le programme est remarquablement équilibré, et seul un spectateur tatillon regrettera quelques temps morts entre certains titres, sans que cela suffise à gâcher le plaisir. Fidèlement rejouées, à l’exception de « 36 Degrees » qui bénéficie d’un nouvel arrangement, les compositions de 1996 et de 1998 n’ont rien perdu de leur énergie. La foule est conquise par des classiques comme « Come Home », « Bionic », « Allergic (To Thoughts of Mother Earth) », « Brick Shithouse » ou « Nancy Boy ». Dans les passages plus calmes, avec « My Sweet Prince », « Lady of the Flowers » ou « I Know », s’installe une belle communion, et l’on sent à quel point ces titres ont marqué une partie du public trente ans auparavant.
Il reste un petit goût de trop peu pour le titre « Without You I’m Nothing », que Placebo avait réenregistré en duo avec David Bowie en 1999, et pour « Every You Every Me », qui ouvre les rappels, deux moments forts que le groupe emballe un peu trop vite à notre goût.
Le concert se referme sur deux reprises, « I Feel You » de Depeche Mode et « Running Up That Hill (A Deal With God) » de Kate Bush, et l’on ressort de la Rockhal ému, porté par cette vague d’énergie et, avouons-le, de nostalgie. Mais s’il fallait résumer ce concert et cette tournée d’un seul mot, ce serait celui de générosité, une générosité qu’on attendait depuis longtemps de la part de Placebo.
Le 31 Clarendon Gardens ne se distingue pas des autres maisons du quartier au premier regard. Une façade en stuc couleur crème, un balcon en fer forgé, une porte noire encadrée de colonnes blanches, dans une rue tranquille de Little Venice, ce quartier de Maida Vale ceinturé de canaux où l’on entend surtout le clapot des péniches. C’est pourtant devant cette maison que je me suis arrêté pour prendre les photos qui accompagnent ce texte. Une plaque bleue, posée l’an dernier par l’organisme patrimonial britannique English Heritage, y porte désormais le nom de Marc Bolan.
Le duo folk psychédélique Tyrannosaurus Rex vient tout juste de se rebaptiser T. Rex et de brancher ses guitares électriques quand Marc Bolan et sa femme June Child s’installent ici, en décembre 1970. Avant cela, le couple vivait depuis plusieurs années dans un appartement mansardé de Ladbroke Grove, sans eau chaude, où June et Marc empruntaient chaque semaine la baignoire de leur producteur, le jeune Tony Visconti. Le déménagement vers Clarendon Gardens tombe au moment précis où le titre « Ride A White Swan » entre dans le top 10 britannique et où sort l’album T. Rex. June trouve cet appartement au premier étage d’une maison de style italianisant datant du milieu du dix-neuvième siècle. Pour le couple, c’est une autre vie qui commence.
Les deux années qui suivent sont celles de l’explosion. Entre 1970 et 1973, T. Rex enchaîne onze titres dans le top 10 britannique, dont quatre numéros un: « Hot Love », « Get It On », « Telegram Sam », « Metal Guru ». L’album Electric Warrior sort en 1971 et reste huit semaines en tête du classement des albums au Royaume-Uni, la meilleure vente de l’année dans le pays. Vu depuis Clarendon Gardens, ce succès prend un visage très concret: des photographes, des journalistes et des admiratrices qui rôdent devant la façade dans l’espoir d’apercevoir Marc Bolan à sa fenêtre.
C’est là aussi, indirectement, que naît le glam rock. Fin mars 1971, juste avant que Marc Bolan ne monte sur le plateau de Top of the Pops pour interpréter « Hot Love », son attachée de presse Chelita Secunda lui applique quelques touches de paillettes sous les yeux, un geste improvisé de dernière minute. Cette prestation reste aujourd’hui considérée comme le déclencheur du mouvement glam. Dans les mois qui suivent, David Bowie, Roxy Music et une bonne partie de la pop anglaise empruntent à leur tour le satin, le fard et les paillettes.
Mais cette même adresse devient vite une cage dorée. June Child racontera plus tard: « Au début, c’était amusant pour lui, avec ces deux cents jeunes filles campées devant l’appartement, chaque jour, à l’appeler pour qu’il sorte signer un autographe ou les laisser toucher ses cheveux. Mais ce n’était pas une façon de vivre. Tout cet été-là, il fallait ramper à quatre pattes pour ne pas être vus. Il ne pouvait même plus faire un signe de la main par la fenêtre. On allait jusqu’à emporter nos poubelles dans le coffre de la voiture, chez des amis, parce que les fans avaient pris l’habitude de les fouiller. » Certaines admiratrices repartent avec un souvenir arraché aux poubelles justement, d’autres laissent des messages à la craie sur les murs extérieurs.
Fin 1972, à bout de tranquillité, Marc Bolan et June Child quittent Clarendon Gardens pour un appartement plus discret, du côté de Marble Arch. Deux ans à peine après leur arrivée, le temps d’y vivre la sortie de deux albums numéro un, une poignée de standards absolus et la naissance d’un mouvement entier.
La plaque bleue qui orne aujourd’hui la façade a été inaugurée le 30 septembre 2025, jour de ce qui aurait été le septante-huitième anniversaire de Marc Bolan. Rick Wakeman, qui avait joué sur plusieurs enregistrements de T. Rex, l’a dévoilée en personne. Parmi les invités ce jour-là: Bobby Gillespie, le chanteur de Primal Scream, mais aussi Captain Sensible et Rat Scabies, du groupe The Damned, qui avait justement assuré la première partie de la dernière tournée de Marc Bolan, au printemps 1977. Sur ce trottoir tranquille de Maida Vale, rien ne laisse deviner qu’une poignée de mètres carrés a hébergé, l’espace de deux ans à peine, l’un des couples les plus assiégés de toute l’histoire du rock britannique.
C’est un concert sans temps mort que nous a offert Suede hier à l’Ancienne Belgique. Avec un set savamment composé de grands classiques des années 90 (“Trash”, “Animal Nitrate”, “Beautiful Ones”) et de nombreux extraits de leurs deux excellents derniers albums, le groupe a trouvé un équilibre qui fonctionne à merveille : les classiques respirent, les productions plus récentes aux accents post-punk s’imposent sans complexe.
Véritable tapis de velours sous la voix et le charisme dandy de Brett Anderson, le groupe nous a offert un peu plus d’une heure trente de vibrations rock sans jamais tomber dans le cliché nostalgique.
Brett Anderson a tenu à rappeler à plusieurs reprises ce soir combien Bruxelles comptait pour eux : c’est en partie aux studios ICP que leurs deux derniers albums ont pris forme, et ça s’entend dans l’attachement particulier avec lequel le groupe a habité chaque titre de cette période. Le seul point noir de la soirée reste la curieuse division du public. Si la première moitié de la salle répondait avec un enthousiasme débordant à ce show chargé d’énergie électrique, la seconde semblait aussi émoustillée que devant un épisode de Derrick.
En rappel, “Dancing With The Europeans” a dissipé le moindre doute : Suede n’est décidément pas un groupe pro-Brexit, bien au contraire. Brett Anderson, lui, a tout donné jusqu’au bout avec la sincérité et la générosité qui font sa légende. Et ça, c’est l’essentiel.
J’ai sans doute découvert Bruce Springsteen à rebours. Non pas par ses hymnes fédérateurs ou ses solos incandescent aux côtés du E Street Band, mais par la voix fragile et chuchotante de ses albums folk : Nebraska, The Ghost of Tom Joad, Devils & Dust.
Adolescent, j’étais fasciné par cette écriture dépouillée, ces récits hantés qui faisaient écho à Dylan, Pete Seeger ou Woody Guthrie. Plus tard, j’ai appris à aimer le Springsteen des grandes scènes, celui du New Jersey et de la ferveur collective. Mais c’est le premier, le conteur des marges, qui m’a le plus marqué.
C’est justement ce Bruce-là qu’explore Deliver Me From Nowhere, biopic centré sur la genèse de Nebraska, une œuvre risquée, essentielle, et profondément humaine.
On y retrouve des éclats de son enfance, la relation tourmentée avec son père, mais surtout cette lutte intérieure pour imposer un disque à contre-courant de tout ce que son label attendait alors d’un artiste en pleine ascension. L’exactitude des détails laisse d’ailleurs entrevoir qu’un autre film pourrait un jour s’intéresser à une autre période de sa vie, tant elle fut foisonnante.
Comme son autobiographie Born to Run, Deliver Me From Nowhere s’articule autour d’un fil rouge : la dépression. Cette maladie sourde, invisible, traverse le film comme une ombre persistante. L’album Nebraska, brut et sans fard, devient ici le symbole d’un combat contre la douleur, une métaphore de la résilience face à l’obscurité intérieure.
Scott Cooper signe une œuvre sensible, lente, presque méditative. On y plonge dans les émotions, les silences et les doutes d’un Springsteen jeune adulte. C’est un film d’auteur plus qu’un biopic hollywoodien à effet clippé. Une approche rare, respectueuse, et profondément juste.
Et puis, il y a Jeremy Allen White. Sobre, habité, jamais caricatural, il incarne le Boss avec une intelligence rare : celle de comprendre l’homme avant la légende.
Deliver Me From Nowhere ne cherche pas à glorifier Bruce Springsteen. Il le regarde en face. Et c’est sans doute pour cela qu’il touche si juste.
C’était un jour gris à Manchester, en 1982. Johnny Marr, dix-huit ans, décide de frapper à la porte d’un inconnu dont on lui a dit qu’il écrivait sur la musique comme d’autres écrivent des prières. Cet inconnu, c’est Steven Patrick Morrissey. En quelques heures, dans une chambre tapissée de vinyles et de livres, les deux posent les bases d’une alliance qui changera l’histoire du rock anglais. De cette rencontre naîtront les Smiths.
Et voilà qu’en ce soir d’automne, le guitariste mythique du groupe foulait la scène de l’OM — ce lieu qui, jadis, ne vibrait pas au son des amplis mais résonnait des applaudissements lors des cérémonies de décorations des ouvriers et employés de Cockerill Sambre.
Ici, on célébrait la sueur, la chaleur des hauts fourneaux, la précision du laminoir – la fierté d’une région façonnée par l’acier.
Et voilà qu’un fils de Manchester, autre cité ouvrière marquée par la fumée des usines et la grisaille industrielle, venait faire chanter ses guitares là où, autrefois, chantait le métal.
Comme un pont invisible entre deux villes forgées par le travail et la musique, deux villes qui ont vu naître bien plus que des chansons : une manière d’exister, de résister.
Ce soir-là, à Seraing, les guitares remplaçaient les marteaux, mais l’énergie, elle, restait la même.
La sirène retentit, un souffle métallique qui traverse la salle comme un rappel lointain des hauts fourneaux. D’un coup, les stroboscopes s’ouvrent, et Johnny attaque Generate! Generate!, riff anguleux, batterie sèche, basse qui talonne. On comprend tout de suite que la soirée sera tendue, précise, physique.
Panic, second titre du set, ouvre le premier clin d’œil aux Smiths – il y en aura en tout six sur les dix-neuf titres joués. Le public répète encore timidement le refrain “Hang the DJ”, comme s’il fallait un instant pour réaliser que ce qu’on entend, ici, à Seraing, c’est bien l’un des hymnes d’une génération.
This Charming Man nous ramène aux débuts du groupe : même éclat, même vélocité, même sourire à demi effacé derrière la guitare. Les titres de la carrière solo de Marr et ceux des Smiths s’enchaînent avec une fluidité remarquable ; cette patte guitaristique, limpide et nerveuse, relie l’ensemble avec une cohérence rare.
Moment d’émotion pure lorsqu’il entame Please, Please, Please Let Me Get What I Want : quelques visages se figent, d’autres ferment les yeux. Puis vient le moment d’immersion totale avec le somptueux Walk Into the Sea, extrait de Call the Comet (2018), un titre qui prend une dimension supérieure dans cette version scénique envoûtante, presque méditative.
Les classiques Bigmouth Strikes Again et How Soon Is Now? rallument le feu collectif : les visages s’illuminent, les guitares tournent comme des moteurs d’usine, et tout l’OM semble vibrer à l’unisson.
Le concert s’achève sur trois titres en rappel : une reprise bienvenue de The Passenger d’Iggy Pop, suivie de Ophelia, puis d’un final magistral – There Is a Light That Never Goes Out – chanté à pleine voix par un public bouleversé.
Aujourd’hui, Johnny Marr incarne à lui seul l’héritage des Smiths — et il le fait avec une élégance rare.
Quarante ans après leur création, il reste celui qui fait vivre ce répertoire sans le trahir, en restant fidèle à son esprit, à sa musicalité et à sa décence.
Pendant que Morrissey s’enlise de plus en plus dans des prises de position politiques radicales, flirtant avec les discours d’extrême droite et “anti-woke” qui ont profondément divisé son public, Marr, lui, poursuit son chemin avec discrétion, loyauté et respect.
Et ce soir à Seraing, c’était une évidence : on n’avait clairement pas besoin de Morrissey.
Les chansons parlaient d’elles-mêmes, débarrassées du vernis et des postures. Il ne restait que leur beauté, leurs mélodies, et cette émotion intacte qui, le temps d’un concert, rassemblait tout le monde du même côté — celui de la musique.
C’était un jour gris à Manchester, en 1982. Johnny Marr, dix-huit ans, décide de frapper à la porte d’un inconnu dont on lui a dit qu’il écrivait sur la musique comme d’autres écrivent des prières. Cet inconnu, c’est Steven Patrick Morrissey. En quelques heures, dans une chambre tapissée de vinyles et de livres, les deux posent les bases d’une alliance qui changera l’histoire du rock anglais. De cette rencontre naîtront les Smiths.
Et voilà qu’en ce soir d’automne, le guitariste mythique du groupe foulait la scène de l’OM — ce lieu qui, jadis, ne vibrait pas au son des amplis mais résonnait des applaudissements lors des cérémonies de décorations des ouvriers et employés de Cockerill Sambre.
Ici, on célébrait la sueur, la chaleur des hauts fourneaux, la précision du laminoir – la fierté d’une région façonnée par l’acier.
Et voilà qu’un fils de Manchester, autre cité ouvrière marquée par la fumée des usines et la grisaille industrielle, venait faire chanter ses guitares là où, autrefois, chantait le métal.
Comme un pont invisible entre deux villes forgées par le travail et la musique, deux villes qui ont vu naître bien plus que des chansons : une manière d’exister, de résister.
Ce soir-là, à Seraing, les guitares remplaçaient les marteaux, mais l’énergie, elle, restait la même.
La sirène retentit, un souffle métallique qui traverse la salle comme un rappel lointain des hauts fourneaux. D’un coup, les stroboscopes s’ouvrent, et Johnny attaque Generate! Generate!, riff anguleux, batterie sèche, basse qui talonne. On comprend tout de suite que la soirée sera tendue, précise, physique.
Panic, second titre du set, ouvre le premier clin d’œil aux Smiths – il y en aura en tout six sur les dix-neuf titres joués. Le public répète encore timidement le refrain “Hang the DJ”, comme s’il fallait un instant pour réaliser que ce qu’on entend, ici, à Seraing, c’est bien l’un des hymnes d’une génération.
This Charming Man nous ramène aux débuts du groupe : même éclat, même vélocité, même sourire à demi effacé derrière la guitare. Les titres de la carrière solo de Marr et ceux des Smiths s’enchaînent avec une fluidité remarquable ; cette patte guitaristique, limpide et nerveuse, relie l’ensemble avec une cohérence rare.
Moment d’émotion pure lorsqu’il entame Please, Please, Please Let Me Get What I Want : quelques visages se figent, d’autres ferment les yeux. Puis vient le moment d’immersion totale avec le somptueux Walk Into the Sea, extrait de Call the Comet (2018), un titre qui prend une dimension supérieure dans cette version scénique envoûtante, presque méditative.
Les classiques Bigmouth Strikes Again et How Soon Is Now? rallument le feu collectif : les visages s’illuminent, les guitares tournent comme des moteurs d’usine, et tout l’OM semble vibrer à l’unisson.
Le concert s’achève sur trois titres en rappel : une reprise bienvenue de The Passenger d’Iggy Pop, suivie de Ophelia, puis d’un final magistral – There Is a Light That Never Goes Out – chanté à pleine voix par un public bouleversé.
Aujourd’hui, Johnny Marr incarne à lui seul l’héritage des Smiths — et il le fait avec une élégance rare.
Quarante ans après leur création, il reste celui qui fait vivre ce répertoire sans le trahir, en restant fidèle à son esprit, à sa musicalité et à sa décence.
Pendant que Morrissey s’enlise de plus en plus dans des prises de position politiques radicales, flirtant avec les discours d’extrême droite et “anti-woke” qui ont profondément divisé son public, Marr, lui, poursuit son chemin avec discrétion, loyauté et respect.
Et ce soir à Seraing, c’était une évidence : on n’avait clairement pas besoin de Morrissey.
Les chansons parlaient d’elles-mêmes, débarrassées du vernis et des postures. Il ne restait que leur beauté, leurs mélodies, et cette émotion intacte qui, le temps d’un concert, rassemblait tout le monde du même côté — celui de la musique.
(Patti Smith au Cirque Royal de Bruxelles, concert du 15 octobre, photo par Laurent Rieppi)
Patti Smith et son groupe assurent la promotion de Horses, leur tout premier album, sorti quelques mois plus tôt. Plusieurs concerts marquent cette première tournée européenne, dont des dates à Bruxelles 🎤. Des images mythiques seront d’ailleurs immortalisées par la RTBF lors de son passage au Cirque Royal, en octobre de cette même année.
Quarante-neuf ans plus tard, Horses est devenu une pierre angulaire de l’histoire du rock. À l’aube de son 50e anniversaire, une réédition spéciale vient d’être annoncée… et Patti revient sur les planches du Cirque Royal pour rejouer l’intégralité de cet album fondateur, accompagnée de quelques classiques de son répertoire 🔥.
À 78 ans, la chanteuse, musicienne et poétesse ne semble avoir rien perdu de sa fougue. Ses longs cheveux blancs virevoltent au rythme d’un Gloria incandescent, véritable exorcisme collectif. En quelques minutes, tout le monde est conquis.
Mais ce sont les deux titres les plus « ouverts » de Horses – les poétiques et déstructurés Birdland et Land – qui nous transportent ailleurs 🌙. Patti déploie cette énergie quasi chamanique qui la relie à son public. La salle tout entière entre en transe, nos mains battent la mesure sans même y penser, comme si la pulsation de la musique s’était fondue dans celle de notre cœur.
On rit, on pleure, on se libère. La musique devient catharsis : elle extirpe nos douleurs, nous soigne, nous redonne de l’espoir ❤️. Et dans ce moment suspendu, on se surprend à se souvenir… D’une chambre d’ado, d’un vieux vinyle un peu râpé, écouté en boucle la nuit, à la lumière d’une lampe de chevet 💿. De ce sentiment d’intimité absolue, cette communion entre l’artiste et celui ou celle qui écoute.
Entre deux titres, Patti évoque les fantômes qui l’accompagnent : Jim Morrison sur Break It Up, Jimi Hendrix sur Elegy, son mari Fred « Sonic » Smith parti trop tôt, et les poètes Rimbaud, Verlaine, Baudelaire, qui semblent hanter les rues de Bruxelles aux côtés du personnage de Johnny, héros de Land.
Après avoir tout donné pendant quarante-cinq minutes, Patti quitte la scène pour une courte pause. Ses musiciens, menés par l’indéfectible Lenny Kaye (à ses côtés depuis le début des années 70) et son fils Jackson Smith, rendent alors hommage à Television, revisitant quelques notes de Marquee Moon 🎸.
Elle revient enfin pour un final vibrant : Because The Night embrase la salle, portée par une énergie viscérale et une ferveur intacte. Puis vient People Have The Power, repris en chœur par tout le Cirque Royal comme une prière collective 🙌. Le poing levé, le public quitte la salle empli d’une force nouvelle, presque régénéré.
J’étais déjà présent ici-même en 2023 pour un concert de Patti en formation trio. C’était intense, bouleversant même. Mais hier soir, on a franchi un cap. C’était plus qu’un concert : un rituel.
For me, this album stands as one of Bowie’s most underrated masterpieces. A few reasons why it remains essential:
• A dark and fascinating concept
Outside tells the story of detective Nathan Adler investigating a serial killer who turns murder into art. Released in the mid-90s, it echoed the era’s obsession with serial killer thrillers (The Silence of the Lambs, Seven, Copycat…), with “Hearts Filthy Lesson” even closing Fincher’s Seven.
• The return of Bowie and Brian Eno
For the first time since the Berlin trilogy (Low, “Heroes”, Lodger), Bowie reunited with Eno. The sessions were filmed, musicians wore cameras, Bowie painted while listening to the music… it was pure experimentation, with no commercial compromise, continuing the creative freedom he had rediscovered with Tin Machine.
• Total sonic freedom
Industrial rock textures, electronic landscapes, improvisations. Bowie was clearly influenced by Nine Inch Nails, later inviting Trent Reznor and his band to join his US tour, leading to some remarkable on-stage collaborations.
• Cinematic echoes
Two years later, David Lynch used “I’m Deranged” in the unforgettable opening of Lost Highway.
• An unfinished mystery
Subtitled Outside 1, the album was meant to have a sequel. The legendary Leon Suites, circulating today on YouTube, reveal an even more experimental side of those sessions.
As time goes on, Outside feels more and more like a visionary piece of work, both disturbing and prophetic.
Un album que je place très haut dans sa discographie, et qui reste, à mes yeux, l’un de ses chefs-d’œuvre les plus méconnus. Quelques raisons qui le rendent indispensable :
Un concept sombre et fascinant
Outside raconte l’enquête du détective Nathan Adler sur un tueur en série transformant le crime en art. Nous sommes au milieu des années 90, en pleine vague de thrillers obsédés par les serial killers (The Silence of the Lambs, Seven, Copycat…), et le titre “Hearts Filthy Lesson” résonne jusque dans le générique de fin de Seven de David Fincher.
Le grand retour du duo Bowie / Brian Eno
Après la trilogie berlinoise (Low, “Heroes”, Lodger), Bowie et Eno renouent enfin. Leurs sessions sont entièrement filmées, les musiciens portent parfois des caméras, Bowie peint en direct… un véritable laboratoire de création sans concession commerciale, prolongeant l’élan expérimental amorcé avec Tin Machine.
Une liberté sonore totale
Rock industriel, ambiances électroniques, improvisations. Bowie s’inspire de Nine Inch Nails, qu’il invitera d’ailleurs sur la tournée américaine. Ces rencontres donneront des duos habités avec Trent Reznor.
Des éclats qui marquent le cinéma
Deux ans plus tard, David Lynch choisit “I’m Deranged” pour l’ouverture hypnotique de Lost Highway.
Un projet inachevé qui alimente le mystère
Sous-titré Outside 1, l’album devait connaître une suite. Des fragments inédits, les fameuses Leon Suites, circulent aujourd’hui sur YouTube et dévoilent l’approche encore plus libre de ces sessions.
Plus les années passent, plus Outside s’impose comme un chef-d’œuvre visionnaire, une plongée dans un futur sombre qui ressemble étrangement à notre présent.
Ce samedi marquera une étape particulière dans l’aventure des Samedis du Rock : la dernière conférence donnée dans les murs du B3, à Liège. Après plusieurs années d’échanges passionnés, d’anecdotes, de découvertes et de complicité avec un public fidèle, il est temps de tourner la page dans ce lieu qui nous aura tant donné.
Pour conclure en beauté, nous avons choisi un thème à la hauteur de l’événement : Queen et Freddie Mercury, avec un focus particulier sur les 50 ans de l’album A Night At The Opera et de “Bohemian Rhapsody”. Un sujet qui symbolise parfaitement ce mélange d’histoire musicale, de créativité démesurée et d’émotion partagée qui a toujours été au cœur des Samedis du Rock.
Présentée en duo avec mon ami Pierre Bartholomé, cette conférence sera l’occasion de revisiter l’épopée d’un groupe légendaire, mais aussi de partager une dernière fois cette atmosphère unique qui a fait le charme du B3.
Bien sûr, la fin d’un cycle ne signifie pas la fin de l’aventure. D’autres projets sont déjà en gestation, sous d’autres formes et dans d’autres lieux. Mais avant de nous tourner vers l’avenir, nous tenions à saluer le chemin parcouru et à remercier toutes celles et ceux qui, samedi après samedi, ont contribué à faire de ce rendez-vous un moment incontournable.
🎸 Rendez-vous donc ce samedi 6 septembre 2025 à 11h au B3, à Liège, pour une ultime escale rock’n’roll en compagnie de Queen et Freddie Mercury.