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Ron Nevison et l'enregistrement de "Quadrophenia" des Who jusqu'à "Physical Graffiti" de Led Zeppelin

Ingénieur du son et producteur américain, Ron Nevison raconte comment il est arrivé à Londres comme assistant, puis comment il a participé à l'enregistrement de "Quadrophenia" des Who avec un studio mobile installé dans une caravane Airstream. Il revient aussi sur son passage à Headley Grange avec Led Zeppelin pour "Physical Graffiti", sur la mention de la pochette qui lui attribue une guitare perdue, et sur la production de "The Ultimate Sin" d'Ozzy Osbourne en 1986.

Ron Nevison est un ingénieur du son et producteur américain. Installé à Londres au début des années 70, il participe à l'enregistrement et au mixage de l'album Quadrophenia des Who, sorti en 1973, puis travaille sur Physical Graffiti de Led Zeppelin, sorti en 1975, et sur le premier album de Bad Company. Il produit ensuite l'album éponyme du groupe Heart en 1985 et The Ultimate Sin d'Ozzy Osbourne en 1986.

C'est en septembre 2020 que je l'ai interviewé, en visioconférence et en anglais, et c'est cet entretien, traduit en français, que je vous propose ici. Ron Nevison y raconte comment un ancien sonorisateur de tournée est devenu l'ingénieur du son des Who, comment il a enregistré une partie de Quadrophenia dans une caravane transformée en studio, pourquoi il n'est pas resté sur Physical Graffiti après quelques sessions à Headley Grange, et ce que fut le travail avec Ozzy Osbourne à Londres et à Paris.


Laurent Rieppi : Avant de parler de l'album, j'aimerais savoir comment vous avez été amené à travailler avec les Who à l'époque, pour ce double album, Quadrophenia.

Ron Nevison : C'est une bonne histoire, mais je dois vous donner un peu de contexte pour que vous la compreniez. En 1968, en 1969 et pendant une partie de 1970, je faisais du son en direct aux États-Unis, la sonorisation de façade, celle que le public entend. Je suis parti de celui qui porte les caisses pour passer aux retours de scène, puis à la sonorisation de façade, et sur certaines de ces tournées, je me suis fait beaucoup d'amis. J'ai tourné avec Jefferson Airplane, avec Derek and the Dominos (c'est d'ailleurs la seule tournée qu'ils aient faite), avec Joe Cocker pour Mad Dogs & Englishmen, et avec Traffic. Lors d'une de mes tournées avec Traffic, j'étais en voiture avec Chris Blackwell, le patron d'Island Records, et je me plaignais. Je répétais que j'en avais assez de trimballer ces caisses, de monter ces concerts, de ranger ensuite, de rouler trois heures et de dormir cinq heures, quand on dormait. Il m'a demandé ce que j'avais envie de faire. Je lui ai répondu que j'aimerais aller en studio, et enregistrer avec ce que j'avais appris en mixant, parce que les sonorisations des années 60 étaient lamentables. Après le concert, dans la loge, les gens du premier rang, qui étaient tous des amis du groupe, se plaignaient du son. Il n'y avait pas de retours latéraux, donc aucun son à l'avant de la scène, on n'entendait que les Marshall. J'étais frustré. Il m'a dit : "Tu peux travailler pour moi aux Island Studios." J'ai fait mes valises et, six mois plus tard, je commençais comme assistant ingénieur du son aux Island Studios, dans Basing Street, à Londres. C'est ce qui m'a amené à Londres.

Environ six mois plus tard, j'ai été renvoyé pour avoir fait une session non autorisée. Un type m'avait demandé si je pouvais travailler un week-end, et j'avais répondu que je ne pensais pas qu'on le saurait. Me voilà donc à Londres, sans travail et sans argent. J'ai répondu à une annonce parue dans le magazine Melody Maker, celle d'une société qui s'appelait Trackplan, en un seul mot. J'ai découvert qu'elle appartenait à Pete Townshend et qu'elle avait été créée pour construire des studios pour des musiciens. C'étaient des studios huit pistes : une petite console de mixage, un enregistreur huit pistes à bande d'un pouce, et ils en fabriquaient pour Roger Daltrey, pour Cat Stevens, pour Ronnie Lane ou pour Ronnie Wood. Sur l'un de ces projets, j'ai été engagé par John Alcock, bien connu pour avoir produit "The Boys Are Back in Town" de Thin Lizzy. J'avais réalisé l'album Nightlife de Thin Lizzy avant, mais je crois qu'ils ont eu un bien plus gros succès avec ce titre.

Ronnie Lane, lors d'une de ses dernières tournées avec les Faces, avait acheté une caravane Airstream et voulait y installer une régie, un studio mobile. C'est moi qui en ai été chargé. J'ai utilisé le matériel que je connaissais, celui des Island Studios, avec lequel j'avais pour ainsi dire grandi : une console Helios et un enregistreur Studer. J'en ai fait un petit studio huit pistes sur roues, que nous appelions LMS, pour Lane's Mobile Sound, et dont j'ai des photos que je peux vous envoyer. LMS est devenu assez célèbre, parce que Pete construisait alors son propre studio pour l'album Quadrophenia. Il n'existait aucun studio quadriphonique, c'est-à-dire à quatre canaux, à Londres, et je ne sais pas s'il y en a ailleurs. Il lui fallait une console avec le bon système de panoramique, qui répartit le son entre les enceintes, et le bon nombre de sorties, ainsi qu'une régie équipée de quatre enceintes. Ce n'était pas une situation ordinaire.

L'album Quadrophenia était construit, en principe, autour de ce personnage, Jimmy. Les quatre visages de Jimmy étaient les quatre membres des Who, c'était le secret de Jimmy : ses humeurs, fou comme Keith Moon, romantique comme Roger Daltrey, stoïque comme John Entwistle, et enfin le génie à l'œuvre, Pete Townshend.

Note de l'auteur : dans le concept de Pete Townshend, les quatre personnalités de Jimmy sont associées à Keith Moon ("Bell Boy"), à John Entwistle ("Is It Me?", le romantique), à Roger Daltrey ("Helpless Dancer", le dur) et à Pete Townshend lui-même ("Love Reign O'er Me"). Ron Nevison attribue ici les traits de caractère différemment.

Il n'y avait pas de studio, alors ils ont décidé d'en construire un, mais la construction avait pris du retard. Le studio était terminé, mais la console de mixage leur posait des problèmes. Pete a donc appelé son ami Ronnie Lane, le bassiste des Faces. Ils vivaient tous les deux à Twickenham et ils étaient tous les deux disciples de Meher Baba, donc très proches. Il lui a dit : "Peux-tu amener ton studio mobile ? Je commence les prises pour ce projet Quadrophenia, nous sommes prêts, mais la console du studio ne l'est pas." Et qui mieux que celui qui avait construit le studio mobile pour diriger cette session ? Moi. C'est comme ça que j'ai commencé sur le projet Quadrophenia. Quand la console a été prête, nous avons déménagé dans le studio, et ils m'ont gardé, parce qu'ils aimaient ce que je faisais. Ils m'ont ensuite gardé pendant deux ans environ, pour le film Tommy, jusqu'à ce que je décide de retourner à Los Angeles. Si je n'avais pas passé ce coup de téléphone à Trackplan, qui sait ce que je ferais aujourd'hui.

Laurent Rieppi : Comment décririez-vous votre façon de travailler avec Pete, le génie du groupe mais aussi l'homme qui contrôle tout, pendant l'enregistrement de Quadrophenia ?

Ron Nevison : Pete était le producteur. Il avait écrit tout le matériel, comme d'habitude. C'était lui, le patron. C'était surtout Pete et moi. Une fois les prises de base enregistrées, nous ne voyions plus Keith Moon pendant un moment, la batterie une fois faite. Une fois la basse terminée, nous ne voyions plus John Entwistle pendant un moment. Et Pete faisait tout le reste, sauf que John a joué des cuivres sur cet album. Il avait son propre studio à Londres, je lui envoyais des copies de bandes synchronisées qu'il enregistrait, et que je remettais ensuite sur la bande maîtresse. Autrement, c'était juste Pete et moi. Il jouait toutes les parties de guitare. Je parle de Quadrophenia, parce que le film Tommy que nous avons fait ensuite était totalement différent.

Comme il travaillait beaucoup avec le synthétiseur à cette époque (il avait commencé sur Who's Next, avec "Baba O'Riley" et le séquenceur), il était maintenant à fond dans l'ARP, un 2600 je crois. C'était un synthétiseur modulaire, trois énormes blocs reliés entre eux par des câbles. On ne pouvait pas sauvegarder un son. Il fallait travailler dur pour l'obtenir : si on voulait un son de cordes, on prenait tel oscillateur, on changeait la vitesse ici, on l'accordait là, et une fois le son obtenu, après peut-être un quart d'heure de travail, on l'enregistrait, mais ensuite il disparaissait. Il n'y avait pas de bouton de sauvegarde à l'époque. Pete, en préparant ses maquettes, a compris qu'il ne pourrait pas recréer ce qu'il avait mis autant de temps à faire chez lui. Il a donc tout enregistré sur un clic, c'est-à-dire un métronome, et il faisait ajouter les autres instruments par-dessus, en suivant ce clic. C'est ce qui se fait tout le temps aujourd'hui.

Laurent Rieppi : Oui, bien sûr.

Ron Nevison : En d'autres termes, Keith Moon portait un casque, et Pete jouait autour de lui. Honnêtement, sur ses maquettes, qui sont disponibles dans la réédition du 40e anniversaire de Quadrophenia, Pete jouait des parties de batterie et de basse très simples, pour ne pas voler la vedette à Keith et à John. Il restait simple. Il savait qu'ils joueraient tout autour. Il faisait juste des parties pour garder le tempo. Pour l'essentiel, nous arrivions avec ces pistes et nous enregistrions par-dessus. Je n'ai donc pas beaucoup travaillé avec Pete sur le synthétiseur, puisque tout était préenregistré. C'était surtout les guitares. Il y avait beaucoup d'effets. J'ai emmené le camion mobile de Ronnie en Cornouailles et j'ai enregistré le bruit de la mer en quadriphonie. J'avais trouvé un petit endroit, avec une petite salle de bain sur la plage, par temps froid : c'était à l'automne, pas en été. Je suis entré, j'ai branché le camion sur le secteur dans la salle de bain, j'ai posé mes micros contre les rochers et j'ai attendu quelques heures que la marée monte. J'ai obtenu de très bons signaux quadriphoniques.

Au final, nous n'avons jamais sorti l'album en quadriphonie. C'était censé être le grand lancement de MCA dans ce format. Ils avaient choisi un système, je ne me souviens plus si c'était le SQ ou le QS, qui reposait sur un décodeur. Au mastering, on prenait les quatre canaux et on repliait les canaux arrière dans les canaux avant avec une sorte de déphasage. On obtenait ainsi un vinyle ordinaire, qu'il fallait ensuite passer dans ce décodeur pour avoir les deux enceintes supplémentaires. C'était donc comme vendre un boîtier, un peu comme un décodeur de télévision par câble aujourd'hui, avec deux enceintes en plus. Quand nous avons reçu ce boîtier pour l'essayer, nous l'avons détesté. Pete a dit, et je m'en souviens très précisément : "Je ne ferai pas un mixage quadriphonique qui sonne moins bien que le mixage stéréo." La quadriphonie dite discrète est une chose, où l'on peut placer des sons dans les coins les plus éloignés. Mais la séparation entre l'avant et l'arrière n'était ici que d'environ 3 dB. C'était comme un gigantesque mono. Et qui veut ça ? Pete a donc demandé à Kit Lambert, le manager des Who, de parler à MCA pour leur dire que nous ne le ferions pas. Ils ont été furieux. Ils ne pouvaient rien y faire. Les Who avaient leur propre label, Track Records, et la distribution n'allait pas être abandonnée. Ils étaient très déçus, disons. Nous avons décidé de continuer. Nous avions fait beaucoup de préparation pour la quadriphonie, mais à mi-parcours du projet, nous savions que nous ne le ferions pas en quadriphonie, et nous avons continué comme si ce devait être un album stéréo.

Laurent Rieppi : Était-il difficile de mélanger, pour le mixage final, tous les effets sonores que vous aviez enregistrés avec les parties rock ?

Ron Nevison : C'est une excellente question, parce que nous n'avions que seize pistes. Nous avons donc utilisé un Nagra, un enregistreur portable. J'ai emmené mon Nagra dehors pour essayer d'obtenir du tonnerre. On n'a pas beaucoup d'orages au Royaume-Uni, alors que chez moi, en Floride, on en a. J'ai surtout obtenu beaucoup de bonne pluie, que nous avons utilisée souvent, dans "Love Reign O'er Me" par exemple. Tous les effets, les sifflets de train dans la gare, le tonnerre, la mer, ont été placés sur ces cartouches de radio commerciales, que vous connaissez sûrement : on peut y charger une dizaine de publicités, et dès qu'on appuie sur le bouton, la cartouche diffuse le spot et prépare le suivant. Nous avons rangé les effets dans l'ordre où ils figurent dans le mixage. Nous avons mixé l'album dans le studio de Pete, pas celui où nous avions enregistré : son studio de Goring.

Nous mixions tous les deux ensemble, lui avec des boîtiers d'un côté, moi de l'autre, et c'était comme un ballet. On commençait à mixer, le tonnerre arrivait, la pluie, on obtenait un début de mixage, et s'il ne nous plaisait pas, on raccordait des mixages entre eux. Quand tous les titres individuels étaient mixés, il fallait les enchaîner. On avait une machine avec un mixage, on faisait entrer la mer, on démarrait l'autre machine avec le mixage suivant, et on raccordait les bandes par un montage. Avec Pro Tools, ce serait très facile à faire. À l'époque, il y avait énormément de montage sur Quadrophenia. Je logeais à Goring, dans un petit hôtel au-dessus d'un pub, de l'autre côté de la Tamise, et Pete venait me chercher en bateau pour me déposer. C'était assez sympa. Tout cela me ramène en arrière, parce que j'écris mon propre livre.

Laurent Rieppi : Ah, très bien. Quand paraîtra-t-il ?

Ron Nevison : Je cherche un éditeur en ce moment. J'ai écrit environ un tiers du livre, qui existe sous la forme d'une proposition, que je pourrais vous envoyer pour avoir votre avis. Peut-être que quelqu'un en Belgique sera intéressé. Si j'y repense en ce moment, c'est que j'ai eu ce genre de conversation avec mon écrivain, qui vit dans la région de la baie de San Francisco, alors que moi je vis dans le nord-ouest, à l'est de Portland, dans l'Oregon, dans ce qu'on appelle les gorges du fleuve Columbia. C'est assez impressionnant : ce sont les montagnes, la chaîne des Cascades.

Laurent Rieppi : Envisagez-vous de faire traduire le livre que vous écrivez ?

Ron Nevison : J'y ai même pensé. Je laisserai l'éditeur en décider, mais je comprends l'intérêt. Ce serait bien. Il semble y avoir beaucoup plus d'intérêt pour le rock classique en Europe qu'ici. Je ne sais pas pourquoi.

Laurent Rieppi : En Belgique, il y a beaucoup de passionnés de rock et d'histoire du rock, c'est un bon terrain pour cela. Mais pour revenir à l'album, comment avez-vous travaillé avec Keith Moon et sa batterie ? Il était vraiment fou, et son jeu a un son très particulier à lui seul, mais l'enregistrer ne devait pas être simple du tout.

Ron Nevison : La toute première chose à résoudre, c'était l'endroit où placer un micro pour sa batterie. Il avait un charleston de chaque côté et un nombre incalculable de toms. Tout était entassé. D'habitude, il reste un espace entre le tom monté sur la grosse caisse et le charleston, et j'ai réussi à y glisser un micro. Mais, chose intéressante, sur Quadrophenia, comme on nous avait appelés pour faire les prises de base avec le LMS, qui n'avait que huit pistes à l'époque, je ne pouvais utiliser que quatre pistes pour la batterie. Je n'avais pas d'enceintes quadriphoniques dans le camion pour écouter, je devais donc deviner. J'ai placé les sons dans quatre endroits où je pensais qu'ils devaient aller. C'est ce qui se passait à l'époque : sur un huit pistes, il fallait souvent enregistrer la batterie en stéréo, avec la réverbération voulue sur la caisse claire, et c'était fini. On pouvait doser un peu à l'écoute, mais le mixage de la batterie était figé. Je savais que nous passerions de huit à seize pistes, mais quand on nous a appelés pour les premiers enregistrements, nous n'avions que huit pistes, et nous sommes passés à seize pistes pendant l'enregistrement de Quadrophenia, un week-end.

Dans l'Airstream (vous connaissez cette caravane, une grande coque d'aluminium en forme de balle), j'avais un Studer et je ne pouvais pas installer seize pistes à cause de la courbure de la caravane. J'ai donc dû mettre huit canaux en haut et huit en dessous, mais nous avons eu un ronflement venu du moteur, trop proche de l'électronique. Il a fallu le blinder, et je me souviens qu'il m'a fallu chaque seconde du week-end pour passer de huit à seize pistes. Quand nous avons repris en seize pistes, j'ai fait des transferts de huit vers seize pistes pour les bandes déjà enregistrées. L'enregistrement était fou, comme ça. Et Keith a fait un travail remarquable. Qu'il joue sur un clic ou sans clic, cela ne semblait pas avoir d'importance. Il ne jouait sur un clic que pour les titres où Pete avait fait le synthétiseur, la moitié des titres peut-être, je ne sais pas. Mais s'il n'aimait pas le casque, il vous lançait une baguette. C'était un type formidable, ne me comprenez pas mal, il n'était pas destructeur, mais il était intense.

Keith et moi sommes devenus assez proches, parce que Pete était marié, avec deux jeunes filles, et qu'il rentrait chez lui chaque soir auprès de sa famille. Roger rentrait en voiture jusqu'à sa ferme. John avait lui aussi une famille. Keith, lui, voulait seulement sortir et faire la fête. Je sortais avec lui au Tramp, dans différents endroits, la nuit, pas tous les soirs, mais au moins une fois par semaine. Il y tenait sa cour en traversant la salle, il y avait Roman Polanski et tout le monde. Il m'a présenté Johnny Gold, qui possédait le Tramp à l'époque, c'était au début des années 70. J'ai eu ainsi une sorte de carte de membre à vie : j'y entrais quand je voulais, pendant toutes les années 80 aussi, jusqu'à ce que j'arrête. Le dernier album que j'ai fait à Londres, c'était avec Europe, en 88 ou 89. C'est donc surtout dans les années 70 et 80 que j'ai beaucoup travaillé à Londres.

Laurent Rieppi : Dernière question sur cet album : vous avez commencé en huit pistes, puis vous êtes passé à seize. Le processus d'enregistrement a-t-il été long ?

Ron Nevison : Oui, il a été long, parce que c'était un double album. Physical Graffiti est aussi un double album, mais je n'ai participé qu'à une moitié de celui-là. À l'époque du vinyle (qui revient, d'ailleurs), on avait en général 20 minutes par face pour du rock, donc 80 minutes en tout. On peut avoir 80 minutes sur un CD aujourd'hui, mais à l'époque il fallait se conformer à la durée disponible, et chaque minute au-delà de 20 minutes faisait perdre un décibel. On ne voulait pas déborder de cinq minutes, ce qui aurait fait perdre cinq décibels, c'est beaucoup. C'est la principale raison pour laquelle cela a pris autant de temps : beaucoup de titres, beaucoup de parties complexes. Cela a probablement pris huit mois.

Laurent Rieppi : Y avait-il des titres écartés faute de place ?

Ron Nevison : Je ne crois pas. Sur beaucoup d'albums, je me souviens d'avoir enregistré plus de titres, et parfois on en commence qui ne sont jamais terminés. Dans ce cas, je ne crois pas. "Love Reign O'er Me" avait en fait été enregistré lors des séances précédentes, avec Glyn Johns, et j'y ai seulement ajouté la fin, car il n'était pas forcément prévu pour conclure l'album. J'ai donc décidé d'ajouter certains éléments tout à la fin. Il y avait aussi "Is It in My Head?", qui avait lui aussi été enregistré auparavant. Mais tout le reste de Quadrophenia, je l'ai enregistré.

Laurent Rieppi : Avez-vous un souvenir particulier lié à "5:15" ? J'aime beaucoup l'espace sonore de ce titre, que je trouve énorme et puissant.

Ron Nevison : Oh, c'est aussi un titre sur lequel John Entwistle a joué les cuivres, et c'est un excellent titre. Je me souviens d'avoir essayé de soudoyer une dame de la gare de Victoria, ou de Paddington je crois, pour qu'elle actionne le sifflet de son train. Elle ne voulait rien savoir. J'ai passé beaucoup de temps à chercher de vrais bruitages, ceux que nous avons faits nous-mêmes, plutôt que ceux que la BBC pouvait fournir. À Hyde Park Corner, une fois, on m'a arrêté alors que j'installais mon micro pendant que des gens criaient, on m'a tapé sur l'épaule. Une autre fois, à Regent's Park, il y avait une fanfare qui jouait du Sousa, je l'ai enregistrée, et nous l'avons utilisée quelque part dans un enchaînement. Mais revenons à votre question : "5:15", c'était d'ailleurs le premier single. Un titre formidable, et Roger a fait un travail particulièrement bon dessus.

Laurent Rieppi : Je les ai vus adolescent, lors de la tournée où ils jouaient Quadrophenia en entier, avec des acteurs en plus du groupe, en 1996 ou en 1997 si ma mémoire est bonne, en Belgique. C'était la dernière fois que j'ai vu John Entwistle sur scène, et c'était immense.

Ron Nevison : Oui, mais quand nous avons terminé l'album et qu'ils sont partis en tournée, la tournée a été une sorte de désastre. Il était très difficile de reproduire l'album sur scène avec seulement trois ou quatre musiciens. Aujourd'hui, quand ils partent en tournée, ils ont deux claviéristes, des choristes. Ils ne faisaient pas ça à l'époque, et ils ne pouvaient pas le jouer comme ils avaient joué Tommy, parce que c'était trop compliqué, avec des cuivres, des cordes et d'autres orchestrations. Ils ont dû trouver comment faire au fil des années. Je me souviens que, quand nous faisions le film Tommy, en 75, ou plutôt en 74, parce que j'ai quelque part un autocollant "Tour of France 74", nous travaillions dans ce studio de Battersea. On m'a dit qu'ils allaient faire huit dates en France. Et ils ont fait quelque chose de très cool : une ville le vendredi, une autre le dimanche. On filait à Lyon le vendredi après-midi, et après le concert nous allions à Paris, où nous restions jusqu'au dimanche après-midi, puis nous allions à Nancy, avant de rentrer en avion. Le lundi, nous étions de retour au studio. Je suis parti avec eux et j'ai fait leur son sur cette tournée. C'est la première et la seule fois où j'ai fait le son des Who en concert. Et ils jouaient des titres de Quadrophenia.

Note de l'auteur : selon Wikipédia, les Who ont donné une courte série de concerts en France en février 1974, qui s'est achevée à Lyon le 24 février.

Je dois dire aussi que les Who sont venus à Portland, dans l'Oregon, pour le 40e anniversaire de Quadrophenia. J'ai écrit à Pete pour lui dire que je venais au concert, et il m'a répondu : "Oui, amène qui tu veux." Je lui ai demandé où ils logeaient. Il m'a dit que son road manager trouvait qu'il n'y avait aucun bon endroit où loger à Portland. J'ai répondu que c'était n'importe quoi, et je lui ai donné une demi-douzaine de bons hôtels dans la région de Portland, parce qu'ils devaient loger à Seattle et venir en voiture. Il a fini par loger à Portland et m'a obtenu une chambre. Nous n'avons pas vraiment traîné ensemble, parce qu'il était en tournée et dans sa routine. Mais c'était formidable. Pendant ce concert, ils avaient énormément d'aide sur scène, c'était un spectacle très bien produit. Je les ai revus depuis, et si je suis dans la région, je les reverrai s'ils reviennent.

Laurent Rieppi : Parlons maintenant de Physical Graffiti. Je sais que vous avez travaillé sur les sessions de Headley Grange en 1974. Le son de cet album marque, je trouve, une évolution de Led Zeppelin, plus funky à cette époque. Comment décririez-vous votre travail avec Jimmy Page comme producteur, et quel était le but de cette évolution du son à ce moment-là ?

Ron Nevison : Ils avaient déjà enregistré à Headley Grange pour l'album précédent, Houses of the Holy, avec le studio mobile des Rolling Stones. Je ne sais plus très bien pourquoi on nous a appelés. C'était peut-être parce que j'étais un jeune ingénieur américain installé à Londres, qui avait construit ce studio mobile et venait de faire Quadrophenia avec. Ou peut-être que le camion des Rolling Stones n'était pas disponible ce mois-là. Il n'y avait vraiment que ces deux studios mobiles, celui des Rolling Stones, avec un seize pistes, et le nôtre, un seize pistes aussi. Je n'ai jamais vraiment su pourquoi on m'avait appelé. Je vais à Headley Grange, j'amène le camion, et j'apprends que Jonesy, comme nous appelions John Paul Jones, était bloqué pour un moment. Nous sommes donc restés quelques jours à jouer de vieux titres d'Elvis et à chercher des sons, et ils ont un peu répété quelques morceaux. Puis j'ai appris qu'il ne viendrait pas. Des problèmes personnels, ou autre chose. À ce moment-là, Peter Grant, leur manager, venait de prendre sous contrat le groupe de Paul Rodgers.

Laurent Rieppi : Oui, et Jones n'était pas là pour les répétitions.

Ron Nevison : Voilà. Paul Rodgers et Mick Ralphs s'étaient trouvés, et comme nous avions déjà le temps de studio, ils ont envoyé le groupe de Paul Rodgers à Headley Grange. Bonham avait voulu la batterie dans l'entrée, il aimait cet effet d'espace énorme. Je dois dire que je n'étais pas très fan. C'était leur son. J'ai donc déplacé la batterie dans la salle à manger pour Bad Company. Je la voulais vivante, mais pas aussi grandiose. Nous avons enregistré neuf, dix ou onze titres, avec même quelques titres supplémentaires pour cet album de Bad Company, en une dizaine de jours environ, parce qu'ils étaient très bien répétés. Ils avaient fait des maquettes, et c'était une situation très particulière, parce que Paul Rodgers comme Mick Ralphs avaient fait partie de groupes où ils n'étaient pas l'auteur principal. Ian Hunter était l'auteur principal de Mott the Hoople, et Andy Fraser l'un des principaux auteurs de Free. Ils avaient donc tous deux des titres qu'ils n'avaient pas pu faire, ou pas pu mener à bien, avec leurs anciens groupes. C'était une convergence très cool. Ils ont ensuite ajouté le bassiste Boz Burrell, un grand bassiste, qui joue aussi de la basse sans frettes, ce qui est vraiment chouette, à la formation. Dix jours, ce n'était pas totalement terminé, mais je l'ai emmené ensuite aux Olympic Studios, où j'ai enregistré quelques chœurs féminins et des cuivres, pas grand-chose, et je l'ai mixé. Puis retour à Headley Grange.

Cette fois, nous avions enfin Jones avec nous. Mais il y avait un problème : j'avais promis à Pete que je serais disponible le 1er janvier pour le film Tommy, qui était un énorme projet. Ce n'était pas prévu comme ça, je crois, mais cela restait un gros projet, parce que le film Tommy était entièrement enregistré à l'avance. Ce n'était pas comme la plupart des films : il n'y avait aucune parole parlée, tout était chanté. C'était un opéra. Et alors que nous arrivions en décembre, nous avons commencé à enregistrer les prises, et elles étaient formidables. Je n'avais pas réalisé que ce serait un double album. Je n'étais pas dans la confidence. J'étais juste l'ingénieur du son, l'employé. Ils ne me disaient pas ce qu'ils faisaient, ils me disaient simplement : "On enregistre ça."

Travailler avec Jimmy Page était formidable. C'est un talent tout à fait remarquable, comme vous pouvez l'imaginer. Avec tous les autres aussi, mais je me suis peut-être senti plus proche de leur chanteur, Robert Plant. Nous traînions plus ensemble qu'avec les autres. Il adorait le son de voix que j'obtenais. Je crois qu'il aimait le compresseur que j'utilisais, ou les micros, je ne sais pas. Puis est venue la pause de Noël, et bien sûr ils voulaient tous prendre leur pause de Noël. J'ai dû leur annoncer que je ne pouvais pas revenir travailler avec eux au Nouvel An. Ils ont paniqué. Je me souviens de Bonham, au téléphone : "Espèce de connard, Ronnie, espèce de putain de connard, tu ne peux pas quitter ce groupe !" C'était comme ça : on me reprochait de les avoir traités comme un employé. Ils étaient gentils avec moi, ne me comprenez pas mal, Laurent. Mais j'étais pris. Je ne crois pas que quelqu'un ait jamais quitté Led Zeppelin avant moi. Mon travail avec eux s'est donc limité aux prises, environ neuf titres. "The Rover" n'en faisait pas partie. J'ai fait "In My Time of Dying", "Sick Again", "Kashmir" et "Trampled Under Foot". Je sais qu'il y en avait neuf, plus quelques titres supplémentaires, dont un qui n'est pas sorti sur l'album et qui a été utilisé plus tard. C'était amusant et formidable à faire, mais je n'ai pas eu sur Physical Graffiti l'implication que j'ai eue sur l'album des Who, où j'étais présent de bout en bout.

Note de l'auteur : selon Wikipédia, huit titres de Physical Graffiti ont été enregistrés à Headley Grange sous l'ingénierie de Ron Nevison : "Custard Pie", "In My Time of Dying", "Trampled Under Foot", "Kashmir", "In the Light", "Ten Years Gone", "The Wanton Song" et "Sick Again". La pochette originale de l'album comporte une mention qui attribue à Ron Nevison la perte d'une partie de guitare, sauvée ensuite par l'ingénieur Keith Harwood, qui a travaillé sur "The Rover".

Je me souviens d'être retourné au Tramp quelque temps plus tard. Peter Grant, le manager de Led Zeppelin, était assis là, en train de parler à Ahmet Ertegun, le fondateur d'Atlantic Records, et de pointer du doigt : "C'est le type qui nous a lâchés." Genre : mec, tu ne m'as payé que 100 livres par semaine pendant tout ce temps, bande de radins, et ils se plaignaient. La vérité, c'est qu'à l'époque ce groupe n'emmenait jamais d'ingénieur avec lui. Ils allaient aux Olympic Studios et prenaient l'ingénieur de la maison. À New York, ils n'emmenaient pas d'ingénieur non plus. Ils disaient simplement à l'ingénieur ce qu'il fallait faire. Jimmy savait ce qu'il voulait. C'était mon point de vue. J'ai donc été très surpris d'une réaction aussi négative. Ils ont même mis quelque chose sur la pochette de l'album, du genre "guitare perdue par Nevison, sauvée par" je ne sais plus qui. Cela concernait "The Rover", que je n'avais pas fait. Mais mettre ça sur un album, finalement, c'est plutôt bien, parce que tout le monde me pose la question. Sans cela, mon nom aurait figuré une seule fois, et il y figure deux fois. C'est super, non ?

Je ne peux que supposer que, lorsqu'ils sont entrés en studio avec Keith Harwood ou avec qui que ce soit ensuite, ils n'ont pas retrouvé quelque chose sur "The Rover" et ont oublié que ce titre n'avait pas été enregistré à Headley Grange. Il n'avait pas été enregistré à l'époque des sessions de Headley Grange que j'ai faites, et on me l'a attribué. Ils n'avaient jamais apporté les bandes originales à la session de Headley Grange que j'ai faite. Je ne savais pas qu'ils utiliseraient d'autres titres. Peut-être qu'ils ne le savaient pas non plus à ce moment-là. Peut-être qu'une fois qu'ils ont plié bagage à Headley Grange, ils sont allés en studio, ont commencé à ressortir des bandes et ont décidé d'en faire un double album. Les historiens en savent plus que moi là-dessus, car je n'étais pas partie prenante dans la politique de tout ça.

Laurent Rieppi : J'aimerais aussi parler d'un album que vous avez produit dans les années 80 et que j'aime beaucoup, The Ultimate Sin d'Ozzy Osbourne. Je connais bien Mike Moran, le claviériste, qui a beaucoup travaillé avec Freddie Mercury, et c'est un homme très agréable. Quel souvenir gardez-vous de cet album ?

Ron Nevison : Il faut le replacer dans son époque, n'est-ce pas ? En 1985, je prends l'avion pour Londres. Je venais de terminer l'album de Heart, qui venait de sortir et qui explosait. Je vais à Londres faire trois ou quatre titres avec Joe Cocker. J'étais un peu inquiet, ce n'était pas grave mais un peu inquiet, parce que j'avais été sonorisateur dix ans plus tôt, et que j'étais maintenant ce producteur. Il ne se souvenait pas de moi. Il ne se souvenait pas d'hier. Je n'avais donc aucune raison de m'inquiéter. J'ai fait ces titres. Pendant que j'étais à Londres, Sharon Osbourne m'a appelé pour que je vienne la rencontrer, elle et Ozzy. C'était au moment où le single de Heart, "What About Love?", était en haut des classements, et ils me connaissaient. J'ai accepté de faire l'album d'Ozzy, je suis resté à Londres tout l'été, j'ai terminé avec Joe, puis commencé avec Ozzy aux Olympic Studios, je crois. Il avait un super groupe, comme d'habitude, avec Randy Castillo à la batterie, je crois, et Phil Soussan à la basse. J'ai convaincu Ozzy d'enregistrer "Shot in the Dark", qu'il détestait.

Laurent Rieppi : Vraiment ?

Ron Nevison : Oui, et Sharon aussi, ce n'était pas eux. Moi, je voulais un single. Ozzy n'en avait pas. Il faut comprendre le moment : au milieu des années 80, il y avait plus de synthétiseurs que de rock. Si je pouvais remixer The Ultimate Sin aujourd'hui, je le rendrais plus puissant et je baisserais un peu les synthétiseurs. J'enlèverais aussi un peu de réverbération. Mais c'était ce qui se faisait alors, c'est le contexte. Quand on fait un album comme celui-là, avec un seul guitariste, un album de guitare, on travaille avec un guitariste, et ici c'était Jake E. Lee. Jake est venu me voir et m'a dit : "Je suis un oiseau de nuit. J'aime travailler tard. Tu crois qu'on pourrait commencer à minuit ?" Ce n'était pas un drogué ni rien de tel, il était plutôt dans le karaté. Un type vraiment gentil, et un super musicien.

Je lui ai répondu : "Tu es fou ? C'est un studio d'enregistrement. Il faudrait changer tous les horaires de la réception." Nous avons convenu de commencer à 18 heures et de travailler jusqu'à 2 heures du matin. C'est ce que nous avons fait, ce qui n'était pas trop mal. Cela ne décalait personne dans un autre fuseau horaire. Mais cela a bouleversé la vie de tout le monde. Et je ne me souviens pas qu'Ozzy soit venu souvent. C'était le problème. Quand j'avais besoin qu'Ozzy chante, il était absent. Quand j'ai été prêt à enregistrer ses voix, je ne le trouvais pas. Il était chez lui. J'ai parlé à sa femme et je lui ai demandé ce qu'on allait faire. J'ai dit que j'aimerais l'emmener quelque part. Et c'est vrai, je vous le raconte comme ça s'est passé. Je lui ai demandé ce qu'il détestait. Elle m'a répondu : "Il déteste la France. Il n'aime pas les Français." J'ai dit : "Parfait, c'est là qu'on va."

J'ai donc réservé un studio à Paris, le studio Davout je crois. Je ne savais pas qu'il se trouvait de l'autre côté de Paris par rapport à l'hôtel où nous logions. On ne pouvait pas être plus loin. À Paris, soit on prend le périphérique, soit on traverse la ville, et dans les deux cas cela fait une heure. Voilà donc le premier jour au studio, pour enregistrer les voix. J'ai sauté une partie, je crois : nous avions réservé le studio et les chambres. Je suis allé à Paris avec Ozzy seulement, et ce garde du corps de plus de deux mètres. Nous étions tous les trois. C'était un très bon studio et nous avons fait le travail. Le premier jour, le trajet en limousine a été trop long, alors nous avons pris le métro ensuite. Moi, Ozzy et ce type, dans le métro, en plein Paris. C'était hilarant, et bien sûr le métro file en ligne droite à travers la ville, donc cela ne prenait que quinze ou vingt minutes. C'est comme ça que nous avons fonctionné, et Ozzy avait hâte de rentrer chez lui. Nous avons fait sept jours d'affilée, puis un jour de repos, au cours duquel il s'est complètement saoulé, ce qui a fini par faire deux jours de repos. Nous n'avions prévu que dix ou onze jours en tout. Tout a été terminé, puis je l'ai emmené à Los Angeles pour le mixage.

J'adorerais le remixer maintenant. J'ai fait quelques albums dans les années 80 avec des groupes de hard rock, comme Crazy Nights de Kiss et The Ultimate Sin d'Ozzy, que j'aimerais remixer aujourd'hui.

Laurent Rieppi : Ce sont de très bons titres, comme "Killer of Giants".

Ron Nevison : Oui, très cool. Jake E. Lee était un excellent compositeur de riffs, comme Michael Schenker. Il écrivait de très bons thèmes.

Laurent Rieppi : Comment travaillez-vous aujourd'hui ? Continuez-vous à produire ?

Ron Nevison : Oui, parce que j'ai mon propre studio ici, et que je suis présent sur des sites comme SoundBetter. J'ai mon propre site, et sur SoundBetter, je fais des sessions de mixage pour des gens. Ils m'envoient des fichiers, ils les mettent en ligne, ils m'envoient des sessions Pro Tools ou des fichiers audio, je les mixe et je les leur renvoie, où qu'ils soient. L'époque où l'on venait au studio avec ses grosses bandes lourdes est révolue. Mais j'ai fait une session à Los Angeles il y a deux semaines, avec d'excellents musiciens : Denny Fongheiser à la batterie, un brillant musicien de studio, Phil X à la guitare, qui est le guitariste de Bon Jovi, Jeff Bova aux claviers, un brillant claviériste qui est aussi producteur à part entière, avec un Grammy pour Céline Dion, et Tony Franklin à la basse, qui a joué dans The Firm avec Jimmy Page. Nous avons fait une demi-douzaine de titres avec une artiste, et j'ai tout rapporté dans mon studio pour le montage et le mixage. Parfois je pars cinq jours quelque part, et je rapporte tout chez moi.

Laurent Rieppi : Y a-t-il un moment de votre parcours dont nous n'avons pas parlé ?

Ron Nevison : Il y a un épisode que je n'ai pas couvert, et qui figure dans mon livre. J'ai construit un studio pour Ronnie Wood, chez lui, juste avant qu'il parte rejoindre les Rolling Stones. Warner Brothers avait besoin d'un dernier album pour le contrat des Faces, et ils ont décidé de faire une dernière tournée aux États-Unis pour gagner de l'argent. Warner a donc décidé d'enregistrer la tournée pour en tirer un album des Faces, ce qui remplirait leur contrat. Ils ont engagé le Record Plant de Los Angeles pour enregistrer cette tournée. Ronnie Wood est devenu ami avec Gary Kellgren et Chris Stone, les propriétaires du Record Plant, et il leur a dit : "Nous avons trois semaines de pause dans la tournée, pourquoi ne viendriez-vous pas à Londres traîner un peu ?" Ils ont accepté. Ils sont venus à Londres, ils sont entrés dans la maison, et je faisais une session avec quelqu'un dans le studio de Ronnie. C'était une maison extraordinaire, The Wick, que Pete Townshend possède aujourd'hui. J'ai parlé à Pete du studio. Il m'a dit que tout le câblage que j'avais installé fonctionne toujours. Ils ont le même matériel, et tout fonctionne encore.

À la suite de cette rencontre, Chris et Gary m'ont proposé le poste d'ingénieur en chef du Record Plant de Los Angeles. À l'époque, en 1974 et 1975, un gouvernement travailliste est arrivé au Royaume-Uni, et beaucoup de gens partaient. Les Rolling Stones sont partis à Monaco, Rod Stewart a déménagé à Los Angeles, Elton John est parti. Beaucoup d'artistes anglais étaient taxés sur des revenus gagnés à l'étranger qui ne l'étaient pas auparavant. Il y avait aussi des grèves du charbon et des embargos pétroliers. À ce moment-là, je me suis dit que c'était le moment idéal pour m'en aller. Si j'étais resté, j'aurais probablement fait davantage de choses avec les Who, j'aurais été dans les parages, mais qui sait. Je suis donc parti pour Los Angeles et j'ai ouvert un tout nouveau chapitre de ma vie en 1975 et 1976. Je ne suis pas resté très longtemps au Record Plant, un an peut-être. J'ai continué à utiliser le studio. Une fois devenu un producteur assez en vue, je ne pouvais plus travailler pour un seul endroit. Mais nous sommes restés amis, et ils voulaient certainement me garder comme client, parce que j'y amenais Bad Company pour des mixages, entre autres. C'était d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles ils m'avaient engagé : amener des groupes anglais au Record Plant. J'ai pu travailler au Record Plant avec beaucoup d'artistes avec lesquels je n'aurais jamais travaillé par mes propres moyens, comme Bobby Womack. C'était donc bien de ce côté-là.

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Trevor Horn en 1984 dans une rue de New York, avec des lunettes et un t-shirt blanc au slogan de Frankie Goes to Hollywood

Trevor Horn et la fabrication de "The Age of Plastic" des Buggles, puis de "90125" de Yes

Trevor Horn en 1984 dans une rue de New York, avec des lunettes et un t-shirt blanc au slogan de Frankie Goes to Hollywood
Trevor Horn à New York en août 1984. Photo : Bernard Gotfryd / Wikimedia Commons, domaine public (collection de la Library of Congress)

Chanteur des Buggles avant de devenir le producteur de Yes, d'ABC ou de Frankie Goes to Hollywood, Trevor Horn raconte comment est né "Video Killed the Radio Star", d'une nouvelle de science-fiction et d'une phrase sur la radio de son enfance, puis l'enregistrement de "The Age of Plastic", le premier album des Buggles, en 1979. Il revient aussi sur "90125", l'album de Yes qu'il a produit en 1983, et sur les deux semaines de disputes qu'il a fallu pour mettre en boîte la piste rythmique de "Owner of a Lonely Heart".

Trevor Horn fonde les Buggles à Londres en 1977 avec le claviériste Geoff Downes. Leur premier single, "Video Killed the Radio Star", sort en septembre 1979 et se hisse à la première place des ventes au Royaume-Uni, avant la sortie de l'album The Age of Plastic au début de l'année 1980. Les deux musiciens rejoignent ensuite Yes le temps de l'album Drama, en 1980, Trevor Horn y remplaçant Jon Anderson au chant. Trois ans plus tard, c'est comme producteur qu'il retrouve le groupe pour 90125, porté par "Owner of a Lonely Heart", numéro un aux États-Unis.

C'est en août 2008 que je l'ai interviewé, par téléphone et en anglais, et c'est cet entretien, traduit en français, que je vous propose ici. Trevor Horn y raconte comment les Buggles sont nés de l'idée d'un groupe fabriqué de toutes pièces par l'ordinateur d'une maison de disques, pourquoi il garde un souvenir mitigé de ses propres parties vocales sur l'album, et comment il a dû se mettre à genoux pour convaincre les musiciens de Yes de le laisser programmer une boîte à rythmes.


Laurent Rieppi : Pouvez-vous nous raconter la naissance des Buggles et le projet de l'album The Age of Plastic ?

Trevor Horn : L'idée des Buggles, c'était un petit groupe de robots, fabriqué de toutes pièces par une maison de disques qui aurait eu un énorme ordinateur dans sa cave et aucun artiste sous contrat, seulement des groupes inventés. C'était notre idée à l'époque. Il faut bien se rendre compte que nous étions en 1978, et c'était donc une idée assez radicale, parce qu'il n'existait pas de boîtes à rythmes programmables. Les seules boîtes à rythmes qu'on trouvait, c'étaient ces petits appareils qu'utilisent les musiciens qui jouent dans les hôtels, ceux qui font boum-tchak, boum-tchak. Voilà quelle était l'idée. Le premier titre que nous avons écrit, c'était "Video Killed the Radio Star". Enfin non, ce n'est pas vrai. Le premier titre que nous avons écrit, c'était "Clean, Clean", et ensuite "Video Killed the Radio Star". L'album est vraiment né de ces deux titres, de cette idée de la technologie et du fait que les choses étaient en train de changer. Au départ, je ne devais pas être le chanteur, quelqu'un d'autre devait chanter. Mais le musicien avec qui j'écrivais, Bruce Woolley, est parti former son propre groupe, et il ne voulait pas faire "Video Killed the Radio Star" parce qu'il trouvait le titre un peu trop étrange, je crois. Alors je lui ai dit : "Si tu ne le fais pas, je le ferai." C'est comme ça que j'ai fini par le chanter, alors que j'étais en réalité producteur.

Note de l'auteur : Bruce Woolley a pourtant enregistré sa propre version de "Video Killed the Radio Star" en 1979 avec son groupe, The Camera Club, sur l'album English Garden.

Laurent Rieppi : Où et quand l'album a-t-il été enregistré ?

Trevor Horn : Il a été enregistré en 1979, à l'automne. Principalement aux studios Sarm. En réalité, nous sommes passés par pas mal de studios, Sarm et d'autres, tous à Londres.

Laurent Rieppi : Sur quel matériel l'avez-vous enregistré à l'époque ? Sur 16 pistes, sur 24 pistes ?

Trevor Horn : Sur 24 pistes, un 24 pistes analogique. Nous n'avions pas de séquenceurs, comme je vous l'ai dit, tout est joué, tout l'album est joué. Même si certains passages peuvent sonner comme des séquences programmées, c'est simplement parce que nous faisions jouer les musiciens avec la précision d'une machine.

Laurent Rieppi : Combien de temps a pris l'enregistrement de l'album ?

Trevor Horn : Il a fallu environ quatre mois pour faire "Video Killed the Radio Star", puis sans doute trois mois pour faire l'album.

Laurent Rieppi : Et le budget, était-ce un album à gros ou à petit budget ?

Trevor Horn : C'était un budget assez modeste. Il n'y a pas de cordes, pas d'orchestre, seulement Geoff et moi et beaucoup d'heures de studio, donc ce n'était pas un gros budget. Mais le temps de studio, il fallait le payer, on ne pouvait pas tout faire à la maison comme aujourd'hui, et ce n'était sans doute pas si bon marché pour l'époque.

Laurent Rieppi : Pouvez-vous nous en dire plus sur l'écriture et l'enregistrement de "Video Killed the Radio Star", ce titre devenu un classique ?

Trevor Horn : C'est un titre que j'ai écrit avec Bruce Woolley. Nous avions la première phrase, mais pas de mélodie. Nous avions cette phrase parce que nous parlions tout le temps de la radio, que nous écoutions énormément tous les deux quand nous étions enfants, dans les années 50 et 60. [Trevor Horn cite ici le premier vers du titre.] Mais pendant des mois, nous n'avons pas trouvé la suite. Et puis un jour, la deuxième phrase m'est venue, comme ça arrive parfois, puisque c'est surtout moi qui écris les paroles et Bruce qui écrit la musique. [Il cite les vers suivants.] D'un coup, j'ai réussi à écrire tout le reste des paroles. Je crois que nous avons écrit les paroles et la mélodie plus ou moins en même temps. Je me souviendrai toujours du moment où j'ai lancé "Video killed the radio star", parce que c'était une phrase qui m'était venue en tête comme ça. Bruce m'a dit : "On ne peut pas utiliser ça, il y a Snips et son "Video King", et il y a un groupe qui s'appelle Radio Stars, ça fait deux noms dans la même phrase." Je lui ai répondu : "Ne t'inquiète pas, quand le titre sortira, ils appartiendront au passé, plus personne n'y pensera." Nous avions cette idée de quelqu'un que la technologie avait rendu inutile. Je lisais beaucoup J.G. Ballard à l'époque, et il a écrit une très belle nouvelle sur une chanteuse d'opéra qui vit dans un studio abandonné. Elle se passe à une autre époque, où les gens n'écoutent plus de musique, parce que la musique a été réduite à l'émotion pure et à rien d'autre : on vous diffuse simplement l'émotion. Cette chanteuse d'opéra ne chante donc plus, personne ne veut plus l'entendre. Ça a été en partie une source d'inspiration, ce studio abandonné et toute cette idée de quelqu'un que le temps et la technologie ont laissé derrière eux.

Note de l'auteur : la nouvelle de J.G. Ballard dont parle Trevor Horn s'intitule "The Sound-Sweep" et a été publiée en 1960.

Laurent Rieppi : Ce titre avait aussi quelque chose de prophétique, puisque deux ans plus tard naissait MTV, et avec elle tous ces clips qui allaient tuer les stars de la radio.

Trevor Horn : La vidéo a certainement tué beaucoup de stars de la radio, mais elle en a aussi fait naître beaucoup de nouvelles. C'est d'ailleurs le premier titre que MTV a diffusé. Je pense que c'était prophétique, oui, ça l'était.

Laurent Rieppi : Pouvez-vous nous parler de "Living in the Plastic Age" ?

Trevor Horn : C'était l'idée de l'âge du plastique. Je trouvais que la musique que nous faisions était très plastique, c'était comme ça, et nous voulions justement faire quelque chose qui sonne encore plus plastique. Parce qu'à l'époque, il y avait Elton John, tous ces grands noms des années 70, Led Zeppelin, tous ces musiciens qui jouaient dans de grands groupes. Et la musique électronique commençait tout juste à apparaître à la fin des années 70. Je trouvais toute cette idée de musique électronique bien plus intéressante que le rock, si vous voyez ce que je veux dire. Le rock me semblait très ennuyeux, et c'est toujours le cas : il est très rare que j'aie du plaisir à en écouter. Mais la musique électronique, c'était nouveau et c'était excitant. J'aimais cette idée d'un âge du plastique que toute la musique partagerait. Je pensais surtout à la musique, mais je suppose que ça s'applique à beaucoup d'autres choses. Et il y a ce jeu de mots un peu idiot sur l'arrêt cardiaque, avec une police du cœur qui vous arrête. J'espère que celui-là ne sera pas prophétique ! Pitié, je n'ai pas envie de faire une crise cardiaque, j'essaie de faire de l'exercice tout le temps. Et il y a deux pianos sur ce titre.

Laurent Rieppi : Deux pianos ?

Trevor Horn : Deux pianos. Geoff en jouait deux, un à gauche et un à droite. Et pour l'introduction, je me souviens que nous avons installé un micro dans Wardour Street. Nous étions dans Wardour Street, aux Trident Studios, là où David Bowie a enregistré "Life on Mars?" et tous ces titres-là. C'est là que nous travaillions. Il nous fallait une introduction, alors nous avons simplement rassemblé plein de réveils, puis nous avons sorti un micro en prise directe dans la rue et nous nous sommes dit : "Ok, cinq, quatre, trois, deux, un, advienne que pourra." Nous allions garder trente secondes de tout ce que ce micro capterait dans la rue. Et c'est comme ça que commence le titre.

Laurent Rieppi : Et quelques mots sur l'écriture et l'enregistrement de "Kid Dynamo" ?

Trevor Horn : Au départ, "Kid Dynamo" n'était qu'une maquette. C'est le batteur des Rubettes qui jouait de la batterie dessus.

Laurent Rieppi : Les Rubettes ?

Trevor Horn : Les Rubettes étaient un très grand groupe des années 70. C'était un très bon batteur, d'ailleurs. Il a joué la batterie sur ce titre, et nous l'avons fait parce qu'à l'époque, je discutais avec ma femme, Jill Sinclair, que je venais tout juste de rencontrer. Elle essayait de nous signer et voulait voir ce dont nous étions capables. Je lui avais fait écouter la maquette de "Video Killed the Radio Star", elle était donc très intéressée, et elle voulait que nous fassions un autre titre, juste pour voir si nous en étions capables. Elle nous a offert une journée de studio, et nous avons fait "Kid Dynamo". C'est un titre que j'ai écrit avec Geoff, dans le même esprit, sur quelqu'un qui débordait d'énergie, en fait.

Laurent Rieppi : Pouvez-vous nous en dire plus sur la pochette, très étrange, de l'album The Age of Plastic ?

Trevor Horn : C'est simplement une photo de Geoff et moi avec des prises jack plantées dans le cou. C'était la même idée, celle de la technologie. Je savais que nous allions bientôt utiliser des machines, mais nous devions encore faire appel à des musiciens. Je savais que tout ça arrivait. La boîte à rythmes Linn n'existait pas encore. Nous n'avions même pas encore de TR-808 quand nous faisions "Living in the Plastic Age". Le seul séquenceur qui fonctionnait était, je crois, un appareil allemand, j'ai oublié le nom de la marque, Kurzweil ou quelque chose comme ça… Non, non, ça ne peut pas être Kurzweil. Bref, nous n'avions pas de séquences. Nous avions écouté le titre produit par Giorgio Moroder, "I Feel Love", et nous l'adorions. Nous adorions aussi un très bon titre d'Amii Stewart, "Knock on Wood", dont j'aimais le son et qui utilisait une boîte à rythmes. Les gens commençaient tout juste à utiliser des boîtes à rythmes sur leurs enregistrements. De quel titre est-ce que je parlais ? J'ai oublié. "Kid Dynamo", oui. Nous utilisions donc du matériel électronique très primitif.

Laurent Rieppi : Et nous parlions de la pochette.

Trevor Horn : La pochette, oui. L'idée, c'était qu'on pouvait prendre un musicien, lui brancher une prise jack et le contrôler, en MIDI ou quelque chose comme ça. C'était ce genre d'idée.

Laurent Rieppi : Et du côté des influences musicales, étiez-vous influencés par des groupes comme Kraftwerk ?

Trevor Horn : Nous étions complètement influencés par Kraftwerk. Nous adorions Kraftwerk. Kraftwerk et ABBA, je crois. Il y avait beaucoup de musique de danse européenne, très carrée, avec la grosse caisse sur chaque temps, à laquelle les boîtes à rythmes convenaient particulièrement bien. Je pense que nous avons été influencés par ça. Chic, ABBA, Kraftwerk…

Laurent Rieppi : Comment décririez-vous l'atmosphère pendant l'enregistrement de l'album ?

Trevor Horn : L'atmosphère ? Vous voyez, nous avions un avantage : nous faisions l'album pendant que "Video Killed the Radio Star" était un gros succès, et c'est toujours agréable. Mais il y a des choses que je n'ai pas aimées. Je n'ai pas vraiment aimé chanter, parce que je n'avais pas beaucoup chanté en studio et que je manquais un peu d'expérience, si bien que je trouvais ça assez difficile par moments. Et la personne qui me produisait comme chanteur, Geoff, ce n'était pas vraiment là qu'il excellait. Tout son travail consistait à essayer de me faire chanter juste, parce qu'à l'époque, il n'existait aucun correcteur de justesse comme l'Auto-Tune. Du coup, quand j'écoute les voix de l'album The Age of Plastic, ça m'agace toujours un peu. Je préfère ma voix sur les maquettes, parce que même si je chante faux, il y a plus de sentiment. Il n'y a pas beaucoup de sentiment dans certaines voix de l'album, parce qu'il me les a fait chanter tellement de fois. J'ai l'air de me plaindre comme un artiste qui geint, et je suis sûr que beaucoup de gens se sont plaints du nombre de fois où je leur ai fait chanter un titre, mais je n'ai jamais fait chanter quelqu'un au point qu'il en soit déprimé, vous voyez ce que je veux dire ? Moi, j'ai été déprimé sur certains titres, à force de les chanter, parce que j'avais vraiment l'impression que ça prenait beaucoup de temps. Ce qui est drôle, c'est que j'ai énormément appris sur la production en faisant cet album, alors que je travaillais déjà comme producteur depuis quatre ans. En étant le chanteur, j'ai appris ce qu'il ne faut pas faire avec les chanteurs.

Laurent Rieppi : Quelques questions maintenant sur l'album 90125. Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots le projet derrière cet album ? Au départ, si je ne me trompe pas, ce ne devait pas être un album de Yes mais de Cinema, c'est bien ça ?

Trevor Horn : Oui, ça devait être Cinema, avec seulement trois d'entre eux dans le groupe. Trois ou quatre, je crois, oui. Trois ou quatre. Mais celui qui devait chanter, Trevor Rabin, n'était pas vraiment fait pour être chanteur principal. Alors Jon Anderson est revenu, et le groupe s'est de nouveau appelé Yes. Mais ça, c'est une tout autre histoire… Cet album a pris près d'un an. C'était étonnant, vraiment, parce que c'est encore aujourd'hui l'album de Yes qui s'est le plus vendu. C'est un très bon album, et c'est moi qui le dis. Chaque fois que je l'écoute, je me dis que c'est un très bon album, parce qu'à cette époque, j'étais vraiment… Je ne dis pas que je ne le suis plus aujourd'hui, dans une certaine mesure, mais j'étais beaucoup plus jeune. Et prendre en main un groupe comme Yes à ce moment de sa carrière, tout le monde pensait que j'étais complètement fou. C'était la pire chose que je pouvais faire. Et bien sûr, ça a pris près d'un an. Mais "Owner of a Lonely Heart" était un titre formidable, qui ne pouvait venir que de ces musiciens-là, ils étaient tous brillants. Ils jouaient dans des stades depuis 1970, et là, nous étions en 1980… En quelle année, déjà ?

Laurent Rieppi : En 1983 ou en 1984 ?

Trevor Horn : Pardon ? Oui, en 1983, je crois. C'étaient donc de très bons musiciens, et quel que soit l'appareil qu'on leur montrait, ils en tiraient des choses formidables. Sur "Owner of a Lonely Heart", par exemple, tous ces fracas et ces chocs… Vous connaissez ces albums ?

Laurent Rieppi : Oui.

Trevor Horn : Tous ces chocs et ces bruits métalliques, à l'origine, ils étaient joués sur un Minimoog, sur la maquette.

Laurent Rieppi : Un Minimoog ?

Trevor Horn : Un Minimoog, et je lui ai simplement fait rejouer ça avec tous ces sons bizarres que j'avais sur le Fairlight, des accords brefs et percutants, ce genre de choses. Ils étaient de si bons musiciens et de si bons chanteurs, et bien sûr je les connaissais très bien, pour avoir fait partie du groupe. Même si je n'avais jamais travaillé avec Jon Anderson, je connaissais les autres, et j'avais une très bonne relation avec eux, le genre de relation où l'on peut se disputer et se crier dessus sans que ça ne devienne jamais violent, sans que personne ne se fâche vraiment. Nous nous connaissions bien, et il nous a fallu très longtemps pour faire "Owner of a Lonely Heart". Rien que pour la piste rythmique de base, il nous a fallu près de deux semaines, parce que nous l'avons essayée de tellement de manières différentes. À la fin, j'ai dû me mettre à genoux et les supplier de me laisser la programmer sur une boîte à rythmes. J'étais littéralement à genoux, et je leur disais : "Je suis un grand producteur de tubes, j'ai besoin que ce titre soit un tube pour ma réputation. Je vous en prie, laissez-moi programmer. Faites ce que je vous dis pendant une journée. Je programme, vous jouez, et ce sera formidable." Nous nous sommes disputés, disputés et encore disputés, et ils ont fini par accepter. Mais bien sûr, ensuite, le bassiste, Chris Squire, est venu programmer la batterie. Et tout le monde a détesté le son de la batterie, parce qu'il était très bizarre : j'avais accordé la caisse claire très haut, avec un son très aigu. J'étais tellement énervé que le guitariste veuille toujours une caisse claire grave que je me suis dit : qu'il aille se faire voir, je vais la mettre aiguë. Je préférais de loin Stewart Copeland aux batteurs qui ont une caisse claire grave. Stewart Copeland était mon batteur préféré au monde, après John Bonham, et sa caisse claire était accordée très haut, alors j'ai accordé la mienne très haut. Mais cette caisse claire aiguë a causé beaucoup de problèmes pendant longtemps. Elle a été la cause de nombreuses disputes.

Laurent Rieppi : Et le son…

Trevor Horn : Oh, et j'ai aussi coécrit le titre, parce que j'ai fait réécrire une partie du morceau.

Laurent Rieppi : Certains passages du titre sonnent vraiment comme un échantillonneur, un sampler.

Trevor Horn : Oui, c'en est un. C'est un Fairlight.

Laurent Rieppi : Un sampler, donc.

Trevor Horn : Oui, c'est un sampler. J'avais des échantillons enregistrés à la radio sur une cassette.

Laurent Rieppi : Des échantillons de quoi ?

Trevor Horn : Je ne saurais pas vous le dire. Et je ne veux pas le savoir. C'étaient d'étranges échantillons pris à la radio, la nuit. Je les avais chargés dans le Fairlight, j'ai apporté le Fairlight au studio et j'ai dit : "Je pense que certains de ces sons peuvent servir, on peut les utiliser." Et le batteur a joué tout ce passage au milieu, vous savez ? [Il chante le roulement de batterie.] Tout ça, des choses étonnantes. Et bien sûr, après que nous avons enregistré ce roulement de batterie complètement fou au milieu, je suis revenu le lendemain et j'ai dit : "Oh, on ne peut pas garder ce roulement au milieu, c'est trop, c'est vraiment trop, tout le monde va rire." Et les musiciens m'ont répondu : "Il reste." Bien sûr, j'avais tort.

Laurent Rieppi : Pouvez-vous nous dire dans quel studio l'album a été enregistré ?

Trevor Horn : Au Sarm East.

Laurent Rieppi : Au Sarm East ?

Trevor Horn : Dans un studio qui s'appelle Sarm East, au Town House, qui vient de fermer, et aux studios AIR, qui ont disparu eux aussi.

Laurent Rieppi : Vous avez parlé de deux semaines pour "Owner of a Lonely Heart". Combien de temps a pris l'enregistrement de l'album complet ?

Trevor Horn : Un an. Les deux semaines de discussion dont je parlais, c'était seulement pour la basse, la batterie et la guitare, pour savoir comment jouer cette partie.

Laurent Rieppi : Et pour le titre complet ?

Trevor Horn : On ne pouvait pas automatiser les choses à l'époque de la même façon qu'aujourd'hui sur un disque dur, donc il y a eu beaucoup de travail là-dessus. Sur "It Can Happen", oui, il y a un joueur de sitar, nous avons aussi fait appel à un joueur de sitar sur ce titre-là. Et il y a un drôle de petit passage au milieu, avec une voix tirée d'une pièce de théâtre, au moment du solo de guitare. C'était un solo de guitare en une seule prise. Trevor Rabin était formidable pour ces solos en une prise. Il a simplement dit : "On devrait avoir un solo de guitare comme ça, ce genre de chose." Et je lui ai répondu : "Mais c'est ça, le solo, tu viens de le jouer, c'était parfait !"

Laurent Rieppi : Une seule prise !

Trevor Horn : Pareil pour le solo de guitare de "Owner of a Lonely Heart" : une seule prise. La première !

Laurent Rieppi : Une dernière question sur cet album : si vous ne deviez garder qu'un seul souvenir de son enregistrement, et de toute cette période, quel serait-il ?

Trevor Horn : Je crois que l'un de mes meilleurs souvenirs, c'est la nuit blanche que j'ai passée avec Trevor Rabin, un peu ivres et pas mal partis, à essayer de réécrire le couplet de "Owner of a Lonely Heart", et le moment où nous l'avons trouvé, d'un coup, vers deux heures du matin. Je me suis transformé en Jon Anderson. J'ai dit : "Je suis Jon Anderson, et je ne chante pas ce titre comme ça. Je vais chanter autre chose." Et je me suis mis à chanter [il chante le début du couplet tel qu'on le connaît aujourd'hui]. Ce genre de chose. Nous étions morts de rire. Écrire ce titre, c'était vraiment très amusant.

Laurent Rieppi : Écoutez-vous encore la musique de Yes ?

Trevor Horn : Oui, j'écoute Yes, mais j'ai tendance à écouter… J'aime beaucoup l'album Going for the One. J'aime "Turn of the Century" et "Parallels", j'aime vraiment certains titres de cet album. Et j'écoute parfois Relayer aussi. J'adore "The Gates of Delirium".

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Les secrets de la pochette de "Crime of the Century" de Supertramp révélés par son auteur

Photographe britannique, Paul Wakefield a signé en 1974 la pochette de "Crime of the Century" de Supertramp, la toute première qu'il ait réalisée pour un album. Il explique comment l'idée de ces deux mains posées sur des barreaux chromés, perdues dans l'espace, est née des paroles qu'on lui a données au studio, et comment l'image a été obtenue sans retouche, par double exposition dans l'appareil. Il raconte aussi la pochette de "Crisis? What Crisis?" et son passage des pochettes à la photographie de paysage et de publicité.

Sorti en 1974, Crime of the Century est le troisième album de Supertramp. Sa pochette montre deux mains blanches posées sur des barreaux chromés qui flottent parmi les étoiles. Paul Wakefield participe aussi, un an plus tard, à celle de Crisis? What Crisis?, avant de se consacrer à la photographie de paysage et de publicité.

C'est le 25 septembre 2020, en pleine période de Covid, que je l'ai interviewé, par visioconférence et en anglais, et c'est cet entretien, traduit en français, que je propose ici. Paul Wakefield y revient sur la fabrication de la pochette de Crime of the Century, sur celle de Crisis? What Crisis? et sur la suite de sa carrière.


Laurent Rieppi : Comment avez-vous été amené à travailler avec Supertramp dans les années 70 ?

Paul Wakefield : Je suis à peu près certain que c'était la première pochette de 33 tours que je réalisais. J'étais photographe indépendant depuis quatre ans environ, après une formation en école d'art. Je travaillais pour des éditeurs de livres, des graphistes, des gens comme ça. Le travail était intéressant, mais il n'était pas très bien payé et il ne me mettait pas vraiment au défi. J'adorais ce qui se produisait comme art sur les pochettes, et c'est un espace bien plus grand, douze pouces de côté à l'époque. Elles intégraient souvent tout le concept, la typographie comprise, dans l'image de l'album. J'étais donc attiré par ce domaine, mais c'était très concurrentiel, beaucoup de gens voulaient en faire.

Je ne me souviens plus très bien. Je crois que j'ai téléphoné au directeur artistique de A&M Records, ou que quelqu'un m'a présenté à lui. À l'époque, il était beaucoup plus facile de voir quelqu'un en personne, il suffisait de téléphoner pour obtenir un rendez-vous. Dans les années 90 et 2000, c'est devenu de plus en plus difficile, et aujourd'hui, c'est à peu près impossible. Je travaille maintenant dans la publicité et on ne voit plus personne, même votre agent ne voit personne : votre PDF est envoyé, ou bien ils regardent votre Instagram ou votre site.

Je suis donc allé à ce rendez-vous avec mon portfolio, qui ne contenait aucune pochette, seulement des photographies de couvertures de livres. Je crois que le courant est passé, il s'est intéressé à mon travail et m'a invité à revenir pour rencontrer le groupe au studio d'enregistrement et les écouter enregistrer. Ils avaient déjà le titre, Crime of the Century, et il m'a dit : "Partez réfléchir à des idées et revenez." C'est comme ça que tout a commencé.

Laurent Rieppi : Avez-vous écouté tous les titres au studio, ou un seul ?

Paul Wakefield : C'était il y a longtemps, en 1974. J'avais vingt-cinq ans environ. C'était une période un peu folle, très excitante et assez angoissante, même si je ne suis pas certain d'avoir été si nerveux. Je ne m'en souviens pas. Je crois en tout cas avoir écouté une bonne partie de l'album. Ils m'ont aussi donné les paroles, avec ce titre, Crime of the Century, et cette question : quelle est la peine appropriée pour avoir commis le crime du siècle ? L'une des lignes disait quelque chose comme "ils me hantent et me narguent dans ma cage". Vous me corrigerez, vous en savez sans doute plus que moi. Je me suis dit que c'était une bonne ligne, et toute l'idée des barreaux est venue de là.

Laurent Rieppi : Comment l'idée de ces mains sur des barreaux, dans l'espace, s'est-elle imposée ?

Paul Wakefield : J'ai encore mes dessins originaux, mes petits croquis. Voilà le premier, vous le voyez ? C'est la toute première chose que j'ai faite. Je ne sais pas pourquoi j'ai choisi l'espace. Je suppose que c'était l'idée d'être complètement seul. Il ne s'agissait pas seulement d'isolement, ni d'un simple confinement solitaire : on ne revenait jamais. On était dans l'espace. J'aimais l'idée qu'il n'y ait aucun mur, seulement ces cadres de barreaux métalliques. Je leur ai proposé quelques autres idées, mais c'est celle-là qu'ils ont aimée.

Nous en avons discuté davantage, et ils m'ont dit : "C'est bien, mais nous ne sommes pas sûrs pour le visage. À qui sera ce visage ?" J'étais tout à fait d'accord. Ils voulaient quelque chose de complètement anonyme, pour que chacun puisse se mettre à cette place. J'ai donc fait d'autres dessins, dont un avec deux mains posées sur les barreaux, que je trouvais bon parce qu'il exprime une forme de résignation : on est condamné à son sort et on ne peut pas se battre. J'en avais aussi un avec une main qui sortait, mais je trouvais que ça ne fonctionnait pas. On a retenu celui avec les seules mains sur les barreaux, avec cette sensation d'espace à l'intérieur comme à l'extérieur des barreaux.

Laurent Rieppi : Comment avez-vous fabriqué cette image, à une époque où Photoshop n'existait pas ?

Paul Wakefield : Une fois l'idée acceptée, il a fallu trouver comment la réaliser. À l'époque, il n'y avait aucun Photoshop, absolument aucun. Pour assembler des photographies, il fallait un retoucheur à la main, qui découpait et collait, peignait sur le film, peut-être sur le tirage, collait des images ensemble et les rephotographiait. Mais chaque fois que l'on fait cela, on perd en qualité. Il existait une autre méthode, qui consistait à tout faire dans l'appareil. Je l'avais déjà pratiquée un peu pour certaines couvertures de livres, j'avais donc une assez bonne idée de la manière de procéder.

J'utilisais, et j'utilise toujours, une chambre photographique à plaques, avec des châssis à l'arrière. À ce moment-là, ce n'était pas mon appareil : le photographe avec qui je partageais mon studio possédait une chambre demi-plaque, de cinq pouces sur sept, donc plus grande qu'un quatre par cinq. Elle était en bois et avait appartenu à un maharadjah en Inde. Ses châssis en bois se retiraient en pivotant sur une charnière, sans sortir complètement, ce qui donnait un geste très doux. C'était précieux, car pour une double exposition dans l'appareil, il faut le moins de mouvement possible, rien qui fasse trembler l'appareil.

J'ai d'abord fait fabriquer les barreaux, ce qui était facile. Les mains sont celles de mon frère jumeau, recouvertes de peinture blanche de scène. Tout le studio était occulté avec du feutre noir, y compris sous le cadre qui tenait les barreaux. Comme les mains étaient blanches et les barreaux chromés, ce niveau de lumière très élevé faisait monter l'exposition, si bien que rien du noir n'apparaissait, ni texture ni quoi que ce soit d'autre. J'ai ainsi obtenu plusieurs feuilles de film, que j'ai fixées avec du ruban adhésif à l'intérieur du châssis pour qu'elles ne puissent absolument pas bouger. Un millimètre d'écart suffit à donner une double exposition par-dessus les mains ou les barreaux, vous allez comprendre quand je vous expliquerai pour les étoiles. On glisse donc le châssis dans l'appareil, toujours à fond, jamais légèrement sorti, de sorte qu'à chaque fois qu'on le remet pour la seconde exposition, on sait que le film est exactement à la même place.

J'ai photographié les mains avec les barreaux, puis j'ai dessiné les mains et les barreaux sur le verre dépoli à l'arrière de l'appareil, pour que mon frère puisse partir. Il est resté environ une heure, dans la même position. J'ai ensuite fabriqué un carton noir d'un mètre cinquante de large environ, dans lequel j'ai percé une constellation de trous d'épingle de tailles différentes, avec de petites épingles et des épingles un peu plus grosses, pour obtenir cette sensation de Voie lactée un peu laiteuse. Cela a pris beaucoup de temps, probablement une journée entière. Il y avait une lumière vive derrière le carton pour voir ce que je faisais, et je travaillais en grande partie à travers l'appareil, depuis l'arrière, pour ne placer aucune étoile là où se trouvaient les mains ou les barreaux. C'était un exercice très minutieux. L'avantage, c'est qu'en cas d'erreur, il suffisait de boucher le trou avec un morceau de ruban adhésif.

J'avais dix ou douze feuilles de film avec les mains de mon frère, que j'ai pu remettre dans l'appareil pour la seconde exposition, en espérant que quelques-unes n'aient aucune double exposition. Je crois qu'il m'en restait trois ou quatre tout à fait nettes. Si vous regardez l'image, certaines étoiles sont très proches des barreaux, et c'est ce qui la rend si réaliste : il n'y a pas de grands vides autour des barreaux ni autour des mains.

Laurent Rieppi : Combien de temps a pris la réalisation de l'ensemble ?

Paul Wakefield : Cinq jours environ, dans mon studio, avec seulement mon assistant. Le groupe n'était pas là et le directeur artistique n'est pas venu. Aujourd'hui, quand on fait une photographie, toute une équipe est derrière vous, vous donne son avis et se met en travers du chemin. À l'époque, on me disait : "D'accord, allez-y." Pour un grand décor, des gens seraient venus, il y aurait eu des modèles, toutes sortes de choses. Là, c'était un petit décor, avec une seule autre personne dans l'image, la main de mon frère.

Plus tard, les membres du groupe sont venus dans mon studio et je les ai photographiés sans rien sur eux, avec des hauts-de-forme et des queues-de-pie, pour la feuille intérieure. Je ne sais pas pourquoi, ni de qui venait l'idée, mais c'était une jolie petite histoire. Au dos de la pochette, ils regardent vers le haut, et quand on la déplie, ils regardent les barreaux qui flottent dans l'espace. Il y avait aussi une feuille intérieure où les costumes et les hauts-de-forme étaient posés par terre, je crois que c'était la feuille des paroles.

Laurent Rieppi : Comment le groupe a-t-il réagi en découvrant le résultat ?

Paul Wakefield : C'est amusant, les gens étaient beaucoup plus détendus à l'époque. Ils attendaient simplement que les choses se fassent. Quand vous disiez que vous feriez quelque chose et qu'ils voyaient le résultat, ils répondaient : "Super, on y va." Les groupes étaient les gens les plus calmes, je les ai toujours trouvés incroyablement détendus. Ils ont aimé, oui, mais sans en faire trop. Ils considéraient comme normal d'avoir une bonne pochette.

C'était cela, l'art du vinyle : parfois absolument magnifique, parfois nul. En général, quand c'était nul, c'est que l'idée de départ était mauvaise. Il y avait assez de très bons professionnels pour exécuter un travail, et même sans Photoshop, les gens étaient d'une inventivité phénoménale. Ils trouvaient toutes sortes d'idées. Vous connaissez Hipgnosis, et toutes les pochettes qu'ils ont faites pour des artistes ? Oui, on leur a volé des idées. Ces gens-là faisaient les choses pour de bon, et c'était fantastique.

Laurent Rieppi : La pochette de Crime of the Century me semble avoir saisi le son et l'esprit du groupe, jusqu'aux étoiles : tout y est lié à la musique. Elle a aussi très bien traversé le temps, elle paraît encore très fraîche aujourd'hui.

Paul Wakefield : Je dois dire que je pense qu'elle a été très réussie, et je suis ravi d'y avoir participé. Elle était simple. Il y avait beaucoup d'émotion dedans, les gens pouvaient s'y projeter, imaginer ce que ce serait, avoir peur ou rester calmes. C'était une de ces images qui permettent de franchir la frontière et d'entrer dans le tableau. C'est ce que j'essaie de faire dans une grande partie de mon travail : même devant un simple paysage, je veux que les gens se disent "waouh, j'aimerais passer de l'autre côté et y entrer". Si l'on y parvient, cela fonctionne.

Si vous comparez avec Crisis? What Crisis?, ce n'est pas du tout la même image. On ne peut pas retrouver la même émotion. C'est un style entièrement différent, une idée différente, un titre différent, et une époque différente, même si elle ne date que d'un an plus tard. Les temps étaient durs : nous avions une semaine de travail de trois jours au Royaume-Uni, avec beaucoup d'agitation politique.

Note de l'auteur : la semaine de travail de trois jours a été appliquée au Royaume-Uni entre 1973 et 1974.

Laurent Rieppi : J'ai récemment parlé avec John Helliwell, le saxophoniste du groupe. Il m'a expliqué qu'à leur retour des États-Unis au Royaume-Uni, les musiciens avaient découvert cette crise massive, et que ce fut le point de départ de l'album. De votre point de vue, qu'est-ce qui a été le point de départ de Crisis? What Crisis? ?

Paul Wakefield : Ce n'était pas mon idée, pour autant que je m'en souvienne. Pour être honnête, je ne me rappelle pas de qui elle venait. Cela pouvait venir du groupe, ou de Fabio Nicoli, le directeur artistique. Techniquement, elle a été réalisée d'une manière complètement différente, et le résultat est complètement différent. L'autre personne impliquée était Dick Ward, un retoucheur, illustrateur et graphiste anglais. Il a repris la photographie de l'homme que j'avais photographié en studio sur la moquette. Nous l'avions choisi pour incarner ce que beaucoup de gens considéreraient comme un employé de bureau typique de la petite classe moyenne anglaise, avec sa serviette et son parapluie, on le voit aller travailler en traversant un pont. Monsieur Tout-le-monde.

Pour le paysage de fond, je suis allé dans le sud du Pays de Galles, où se trouvent toutes ces aciéries, avec Fabio. J'y ai pris un grand nombre de photographies différentes en noir et blanc, en quatre par cinq. Nous sommes rentrés, je les ai fait tirer, et Dick Ward a assemblé toutes les images et ajouté les petits morceaux de pluie. Voilà comment cela a été fait.

Note de l'auteur : sur la pochette de Crisis? What Crisis? (1975), le personnage apparaît dans une chaise longue, sous un parasol, au milieu d'un paysage industriel. Le titre et le concept de la pochette sont attribués à Rick Davies, claviériste et chanteur de Supertramp.

Laurent Rieppi : Je trouve cette pochette très forte, avec l'homme en couleur devant un fond en noir et blanc. Elle donne quelque chose de puissant à l'idée de la crise.

Paul Wakefield : Ce sont deux choses différentes. Et la couleur est exagérée, elle fait penser à la couleur imprimée des magazines des années 60, si vous voyez ce que je veux dire. Ce n'est pas subtil. Le fond a aussi été doublé, redoublé, redoublé : c'est une combinaison de plusieurs images différentes, deux ou trois peut-être, je ne m'en souviens plus, car Dick a pris le relais. C'était beaucoup plus une collaboration entre lui et moi, et j'aime cela, j'aime travailler avec d'autres personnes, en général avec quelqu'un que j'apprécie, en discutant. Mais sur celle-ci, je crois que je lui ai simplement remis les tirages et qu'il s'en est chargé. Nous nous sommes retrouvés chez le directeur artistique, qui a dit : "Un peu plus de pluie ici, peut-être là."

Laurent Rieppi : J'ai vu sur votre site que vous travaillez maintenant davantage comme photographe de paysage, et que vous ne réalisez plus de pochettes. Vous ne travaillez plus avec des groupes ?

Paul Wakefield : J'en ai fait pendant une période très courte. J'avais deux styles en conflit. D'un côté, un amour de la photographie surréaliste, où il se passait des choses étranges. Certains photographes très étonnants faisaient dans l'appareil des choses que je ne m'explique toujours pas. Il y avait un photographe japonais, dont je n'ai plus entendu parler depuis des décennies, Bishin Jumonji, qui faisait les choses les plus folles, toujours avant Photoshop. Par exemple, une scène de piscine avec des gens allongés sur des transats et un homme qui plonge du plongeoir, avec des jambes trois fois plus longues que des jambes réelles. Comment a-t-il fait ? Je n'en ai aucune idée, et je ne le sais toujours pas. Si vous cherchez sur Google, vous trouverez quelques images. Je ne sais pas où il est, ni même s'il est vivant.

Il y avait aussi un magazine, à l'époque, qui s'appelait Zoom, ce qui est amusant puisque nous sommes sur Zoom. Je crois qu'il existe encore de temps en temps. C'était un magazine formidable, avec une photographie très inhabituelle, auquel j'étais abonné. J'adorais voir comment les gens résolvaient des problèmes, il fallait essayer de comprendre comment les choses avaient été faites.

J'avais aussi un côté de nature pure, qui me vient de mon enfance à Hong Kong. Il était très fort, et c'est lui qui l'a emporté à la fin. J'ai quand même réalisé des pochettes, et l'une de celles que je trouve vraiment réussies était pour Siouxsie and the Banshees. J'en ai fait quelques autres, un Rick Wakeman, des choses de ce genre. Mais je voulais revenir au paysage. Et je sais ce qui s'est passé : j'ai réalisé une pochette qui n'est pas très bonne du tout, pour Sally Oldfield. Nous sommes allés dans les Brecon Beacons, avec le directeur artistique et Sally. J'ai photographié Sally à côté d'une cascade, un simple portrait, puis le directeur artistique a teinté l'eau de couleurs arc-en-ciel hippies assez farfelues.

Sur place, je me suis dit : "C'est incroyable, c'est ça que je devrais faire, photographier ces endroits, et non rester dans un studio, dans le noir en permanence." L'hiver, on quitte la maison dans le noir, on va dans un studio sombre, on rentre dans le noir, on ne voit jamais la lumière du jour. Je me suis demandé ce que je pouvais faire. Je ne vois aucun intérêt à prendre des photographies si l'on ne peut pas en vivre. J'adore prendre des photographies, mais il faut aussi que cela rapporte de l'argent. C'est pour cela que je suis allé voir un directeur artistique, Adam Waldy, qui faisait à l'époque une campagne pour les cigarettes Benson & Hedges. Si vous voulez voir ce qu'était la photographie surréaliste en publicité dans les années 80, regardez cette campagne. Elle n'était pas compliquée, plutôt simple, car en publicité le message doit passer immédiatement : l'attention des gens dure très peu.

Je suis donc allé le voir avec toutes mes pochettes et tout mon travail d'édition, et au fond, quelques transparents quatre par cinq de paysages, montés très proprement. Il a parcouru toutes les pochettes en secouant la tête, absolument pas intéressé. Je me suis dit que cela ne menait nulle part. Alors j'ai dit : "J'ai juste ces paysages, voulez-vous les regarder ?" Il les a pris, et cela a complètement changé les choses. Il les a examinés avec beaucoup d'attention et m'a dit : "Si vous voulez avancer, arrêtez toutes ces pochettes, tout ce travail de studio, et concentrez-vous sur ces paysages. Ils sont vraiment très bons, personne ne fait cela." C'était en 78 ou 79. Je savais que personne ne le faisait, je n'en voyais pas autour de moi. On le faisait dans les livres, et en Amérique, avec des gens comme Ansel Adams, mais en noir et blanc, alors que les miens étaient en couleur.

Je lui ai répondu : "C'est bien joli, mais quel travail puis-je obtenir ?" Il a ouvert son meuble à plans et en a sorti des campagnes extraordinaires, faites uniquement de paysages, pour l'office du tourisme indien, pour de la photographie automobile, toutes sortes de choses. Il m'a dit qu'il fallait que je trouve un agent, m'a donné quelques noms, et m'a conseillé de ne montrer aucun travail publié, de me présenter comme un nouveau talent. Je travaillais depuis huit ans environ, et je me disais qu'on ne pouvait pas repartir de zéro. Mais je l'ai fait. J'ai fait comme si je n'avais jamais rien fait avant. Mon agent a montré mes transparents, et cela a changé ma vie. Et les clients payaient très bien.

Mais c'était extrêmement risqué, on n'avait pas le droit à l'erreur. J'avais passé huit ans en studio à faire des erreurs, et il faut en faire, tout le monde en fait, c'est ainsi qu'on apprend. Le plus souvent, personne n'était là pour les voir : je ne rapportais le travail que lorsqu'il était finalisé. Soudain, j'étais sur des campagnes publicitaires avec toute une équipe derrière moi, et à l'issue des trois, quatre ou cinq présentations, tout devait être impeccable. La courbe d'apprentissage était énorme. Pendant la première année, j'avais une peur terrible. Mais c'était aussi extrêmement excitant, parce qu'on vous confiait pas mal d'argent pour faire quelque chose dont ils ne savaient pas si vous en seriez capable, et parfois je ne le savais pas non plus. Quand on travaille en extérieur, on n'a aucun contrôle sur la lumière.

La première fois que je suis parti du Royaume-Uni pour l'Amérique, après quatre ou cinq ans de publicité ici, je voulais un agent américain, et j'en ai trouvé un. Ce qui intéressait les Américains au début des années 80, c'est que les photographes anglais avaient un style très pictural. Les photographes américains avaient un style beaucoup plus brillant, plus hollywoodien, en extérieur, parce qu'ils utilisaient d'énormes éclairages de cinéma. Les Anglais ne le faisaient pas, et moi non plus. Je me souviens de mon premier tournage en extérieur, une publicité automobile quelque part en Arizona : la première chose que le directeur artistique et le client m'ont dite, c'est : "Où est votre camion d'éclairage ?" Ils étaient paniqués, parce que je n'en avais pas. Ils m'ont demandé comment j'allais faire, et j'ai répondu : "Regardez où nous sommes."

Plus on travaille en extérieur, plus on remarque de choses, plus son stock d'informations sur la lumière naturelle grandit, et plus on se fait confiance. Cela a toujours fonctionné. Avec un directeur artistique créatif et un bon client, si vous n'obtenez pas exactement ce qu'ils attendaient, vous en discutez, surtout à partir des années 90, quand Photoshop est arrivé. Ils disaient : "Tout est très bien, mais regardez le ciel, il est mauvais." Je répondais que ce n'était pas un problème, que j'avais chez moi une bibliothèque de ciels. J'avais scanné quelques ciels dont je savais qu'ils iraient avec l'image, et je leur montrais le ciel à l'ordinateur, à côté de l'image, que je faisais encore en film, sous la forme d'un Polaroid quatre par cinq. Ils disaient : "Oui, ça marche." Ils pouvaient imaginer ce ciel sur cette photographie. Je pense que j'ai appris tout cela en réalisant ces pochettes, en cherchant des solutions à tous ces problèmes quand on n'avait qu'une quantité limitée de film et aucune retouche, ni numérique ni autre. On apprend une manière de faire complètement nouvelle.

Laurent Rieppi : Avec la situation actuelle dans le monde, je travaille toujours sur une exposition, et tout est très difficile à cause du Covid. Et vous, comment travaillez-vous en ce moment ?

Paul Wakefield : Quand le confinement a commencé, j'étais sur le point de conduire jusqu'en Écosse pour remettre une quantité de films négatifs couleur à la personne qui fait tous mes scans, des scans à tambour : on obtient cinq cents scans d'un gigaoctet. Évidemment, cela n'a pas pu se faire, puisque nous entrions en confinement. Ce n'était pas un travail nouveau, mais celui que j'ai réalisé dans les années 80 jusqu'en 2002 environ, en Inde. J'ai donc travaillé pendant tout le confinement sur ces images, qui feront un nouveau livre sur les pratiques religieuses en Inde, un autre sujet que j'ai abordé.

Laurent Rieppi : Savez-vous quand aura lieu votre prochaine exposition ?

Paul Wakefield : La prochaine exposition aura probablement lieu en Inde, avec ces photographies. Je la prépare avec une fondation culturelle indienne, à Bénarès, qui possède aussi une galerie, et c'est là qu'elle commencera, une fois le livre publié. Je ne sais pas quand il paraîtra, il devait sortir cette année. Pour être honnête, ce n'est pas très grave, car il ne s'agit pas d'un moment précis qu'il faudrait montrer : ce sont les pratiques religieuses que les gens accomplissent chaque jour en Inde, il y a vingt ans, il y a deux cents ans, aujourd'hui, et dans deux cents ans. Cela se poursuit, donc la date n'a pas vraiment d'importance. Là encore, c'est de la photographie directe, pas de studio, pas de paysage : des gens dans la rue qui font des choses. C'est une autre flèche de mon carquois. L'exposition aura probablement lieu l'an prochain, et quand nous aurons un calendrier, je commencerai à publier des images sur Instagram.

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Portrait d'Anthony Phillips jouant de la guitare 12 cordes en studio, casque sur les oreilles

Anthony Phillips et les débuts de Genesis jusqu'à la réalisation de l'album "Trespass"

Portrait d'Anthony Phillips jouant de la guitare 12 cordes en studio, casque sur les oreilles
Anthony Phillips. Photo : Prog_Ress / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

Cofondateur de Genesis et guitariste du groupe à ses débuts, Anthony Phillips raconte la naissance de la formation à Charterhouse School en 1967, puis l'enregistrement de l'album "Trespass" à l'été 1970 aux Trident Studios de Londres. Il évoque aussi son travail avec le producteur John Anthony et la façon dont il voulait faire sonner sa guitare 12 cordes.

Anthony Phillips fonde Genesis en 1967 avec Mike Rutherford, Peter Gabriel et Tony Banks, sur les bancs de Charterhouse School. Il quitte le groupe en 1970, après l'enregistrement de Trespass, puis mène une carrière solo qui compte notamment The Geese & The Ghost (1977) et la série d'albums Private Parts & Pieces.

C'est le 9 janvier 2007 que je l'ai interviewé, en anglais, et c'est cet entretien, traduit en français, qui ouvre la section Archives interviews du site. Anthony Phillips y revient sur la formation de Genesis, sur les conditions d'enregistrement de Trespass et sur les choix de sons qui ont fait l'identité du groupe à cette époque.


Laurent Rieppi : Pouvez-vous nous expliquer comment le groupe Genesis s'est formé, tout au début ?

Anthony Phillips : Le groupe s'est formé à Charterhouse School en 1967, entre Mike Rutherford et moi, qui jouions dans différents groupes à l'école, où nous reprenions les Beatles, les Rolling Stones et ce genre de choses. Les deux plus âgés étaient Peter Gabriel et Tony Banks, qui écrivaient des chansons ensemble. Nous nous sommes retrouvés comme deux duos d'auteurs, d'un côté les claviers, de l'autre la guitare, et Genesis est parti de là. Au début, c'était vraiment un groupe d'auteurs de chansons. Nous avons fait un ou deux singles, puis le premier album, et nous étions encore avant tout des auteurs. Quand nous avons fait Trespass, c'était complètement différent, parce que nous avions passé neuf mois sur la route et que nous étions devenus un véritable groupe. C'est ce qui s'est vraiment passé durant les deux ou trois premières années.

Laurent Rieppi : Où et quand cet album a-t-il été enregistré ?

Anthony Phillips : Il a été enregistré en 1970 aux Trident Studios, à Londres, dans le West End, juste à côté de Wardour Street. C'est un studio très connu, où Elton John enregistrait beaucoup. Je crois que les Beatles y ont enregistré "Hey Jude". Ils enregistraient beaucoup à Abbey Road, mais on m'a dit par la suite qu'ils avaient enregistré "Hey Jude" à Trident. Beaucoup de gens très célèbres y sont passés. Nous étions évidemment très impressionnés, mais nous étions sur la route depuis neuf mois et nous n'avions pas vraiment le temps de changer notre répertoire de scène. Nous sommes donc entrés en studio pour enregistrer à peu près les morceaux que nous jouions en concert. Certains groupes, quand ils font un album, enregistrent d'autres titres, mais nous n'avions pas le temps de les répéter. Nous sommes arrivés là en sortant de la route, vers la fin avril 1970, et nous avons enregistré en plein été. L'album est sorti à l'automne.

Laurent Rieppi : Combien de temps a pris l'enregistrement ?

Anthony Phillips : C'est une très bonne question, et je ne m'en souviens vraiment pas. Probablement pas très longtemps, parce que nous étions rapides et qu'il s'agissait en réalité de passer en revue notre set de scène. Je pense que cela a pris deux semaines, pas plus. Nous avons enregistré les bases, puis quelques ajouts. Notre producteur de l'époque s'appelait John Anthony, un homme très gentil. À cette époque, on ne vous laissait pas intervenir au milieu d'un morceau. Si vous vouliez ajouter un instrument, il fallait repartir du début du titre, et certains morceaux, "Looking for Someone", "Stagnation" et "The Knife", étaient longs. Pour une raison ou pour une autre, ils n'aimaient pas enregistrer au milieu d'un morceau. Je me souviens que Mike Rutherford a dû rester assis cinq ou six minutes pour attendre le moment d'ajouter un passage de guitare classique. Quand on attend cinq ou six minutes avant de jouer, on est très nerveux au moment d'y aller. Cela prenait donc un peu plus de temps. Aujourd'hui, on intervient instantanément, mais à l'époque, c'était assez basique. Je pense que cela n'a quand même pas pris plus de quelques semaines, parce que nous étions rapides.

Laurent Rieppi : Vous avez parlé de John Anthony. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre travail avec lui en studio ?

Anthony Phillips : Il n'avait pas beaucoup de choses à changer musicalement. Certains producteurs sont impliqués dès le départ : vous avez une idée, une base de chanson, mais vous ne savez pas encore comment la faire sonner, comment l'habiller pour qu'elle passe au mieux auprès du public. Nous, nous avions une manière de faire très arrêtée, et il n'y avait pas le temps pour que quelqu'un vienne nous dire que nous faisions fausse route. Nous avions aussi été signés par Charisma Records pour jouer de cette façon. Ils aimaient les chansons et ne voulaient pas que nous changions tout. Il y a peut-être eu une suggestion pour un instrument supplémentaire ou une harmonie en plus, mais nous avons à peu près tout fait comme sur scène, avec quelques ajouts, ce qui ne laissait pas beaucoup de marge de manœuvre à John Anthony. Son rôle était double, je crois. D'abord, il nous donnait confiance, parce que nous n'avions pas fait beaucoup de studio. C'était un homme très drôle et très amical, qui nous mettait à l'aise, nous encourageait et ne s'impatientait pas. Ensuite, et c'était la deuxième partie, la plus importante, il s'agissait de traduire techniquement cette musique de scène en un enregistrement qui sonne bien. Cela se passait entre lui et l'ingénieur du son, qui s'appelait Robin Cable.

Laurent Rieppi : Peut-être une question sur le budget. Vous souvenez-vous de ce qu'il était ? Je crois qu'il était assez limité.

Anthony Phillips : Je n'en ai absolument aucune idée. À l'époque, on ne posait tout simplement pas la question. Je n'avais que 17 ou 18 ans, et la dernière chose que j'aurais faite, c'était de demander combien coûtait le studio de l'heure. Nous n'en avions aucune idée. Je pense que personne ne s'en souciait vraiment. Nous étions très responsables, nous n'allions pas perdre de temps. Il s'agissait de nous trouver un bon studio, un bon producteur, de nous mettre au travail et de veiller à ne pas gaspiller de temps. Je pense que l'album a probablement perdu de l'argent au départ, mais comme nous étions rapides, il n'a pas dû coûter très cher.

Laurent Rieppi : Pouvez-vous nous parler des guitares que vous avez utilisées pour enregistrer cet album ?

Anthony Phillips : J'ai utilisé à peu près ce que je jouais sur la route. À la guitare électrique, c'était ma Stratocaster, et pour l'acoustique, uniquement une 12 cordes. Mike Rutherford changeait davantage d'instrument : en plus de la basse, il jouait de la 12 cordes acoustique, et il a aussi enregistré quelques ajouts à la guitare classique à cordes nylon, deux ou trois. Moi, je me limitais à la guitare électrique et à la 12 cordes. Ce qui était intéressant, c'est que je voulais pour la 12 cordes un son très particulier, très différent de ce que font la plupart des gens. La plupart l'utilisent comme un instrument de percussion : on gratte pour accompagner le chant, et dans un morceau chargé, on n'entend souvent presque rien d'autre que le bruit du médiator. On disait que cela sonnait comme une planche à laver. Nous, nous étions beaucoup plus attachés au son même de la 12 cordes, ou de deux 12 cordes, et aux harmonies. La dernière chose que nous voulions, c'était qu'elle sonne comme cela. Je me souviens d'un système où je l'enregistrais avec un micro de contact (un capteur) branché sur mon petit préampli, pour m'éloigner de ce son trop dominé par le médiator. Ce n'était pas un son extrêmement brillant, mais une 12 cordes très brillante, jouée au médiator dans un morceau, pouvait donner l'impression de quelqu'un qui joue d'une planche à laver. J'ai eu un accrochage avec Robin Cable, un ingénieur du son très connu, qui m'a dit que cela ne sonnait pas comme une 12 cordes. Je lui ai répondu que pour moi, si. C'était le son que je voulais. Cela a été difficile, parce que nous étions très inexpérimentés, et qu'il arrivait avec toute son expérience en me disant que j'étais naïf. Cela a donc été un petit combat, mais je pense que j'avais absolument raison. Nous avions ce son, et tout tenait grâce à lui. Si j'avais complètement changé de son, cela aurait affecté le son d'ensemble du groupe. Il a fallu nous battre un peu pour garder la manière dont nous avions pris l'habitude de travailler. John Anthony, lui, n'y a vu aucun problème.

Laurent Rieppi : Pouvez-vous nous parler de l'écriture et de l'enregistrement du titre "Looking for Someone" ?

Anthony Phillips : Mes souvenirs de chaque titre sont un peu flous aujourd'hui, car cela remonte à environ 3 000 ans. "Looking for Someone" était à l'origine un titre de Peter Gabriel. La chanson de base, Peter Gabriel et Tony Banks l'ont écrite ensemble, Tony l'a aidé à la développer. La partie instrumentale qui en découle, nous l'avons composée collectivement, à peu près à l'époque où nous avons écrit "The Knife". Ces deux titres ont donc un noyau, une chanson tout à fait classique avec une sorte de couplet et de refrain. Ensuite, la partie instrumentale est née d'improvisations, et c'était vraiment une composition de groupe. Sur "Looking for Someone" comme sur "The Knife", la partie instrumentale qui prend le relais est l'œuvre de tout le monde ensemble. Ce n'était pas Gabriel et Banks d'un côté, Rutherford et moi de l'autre. Chacun apportait sa part, et je pense que c'est pour cela que c'est fort : le développement de ces deux titres est celui d'un groupe entier, à partir de ce que nous appelions le noyau de la chanson. Mais "Looking for Someone" est bel et bien parti d'un titre de Peter Gabriel. Nous avons toujours trouvé que cela sonnait un peu comme du Stevie Winwood, dont nous étions tous fans.

Laurent Rieppi : Comment décririez-vous l'atmosphère pendant l'enregistrement de cet album, au sein du groupe ?

Anthony Phillips : Pour moi, pour être franc, c'était difficile, car j'avais eu beaucoup de difficultés sur la route auparavant. C'est amusant de m'entendre tousser maintenant, parce que j'ai l'air d'être toujours malade. Mais juste avant l'enregistrement, j'avais fait une bronchopneumonie, ce qui n'était pas aussi grave que cela en a l'air. C'était comme la toux que j'ai aujourd'hui, mais en bien pire. Nous avions donc eu deux semaines de repos loin de la route avant d'entrer en studio. Personnellement, je me sentais un peu déprimé. Je pense que tout le monde était plutôt reposé, puisque nous ne tournions plus. L'atmosphère était donc plutôt bonne, je crois. John Anthony avait la main très légère, il était drôle, il nous encourageait et, comme je le disais, il nous donnait confiance. Nous avons dû livrer quelques batailles, comme je l'ai dit, avec Robin Cable, mais il était très gentil lui aussi.

Laurent Rieppi : Quel est votre titre préféré sur cet album ?

Anthony Phillips : Je ne crois pas en avoir vraiment un, c'est plus une question de souvenirs. Peut-être "Stagnation", parce qu'il comporte beaucoup de sections différentes, et c'était amusant. J'ai particulièrement aimé jouer les parties de deux 12 cordes avec Mike pendant que Tony jouait certaines parties d'orgue. C'était un bon moment.

Laurent Rieppi : Il me semble qu'une part de votre écriture subsiste sur l'album suivant, sur certains titres sur lesquels vous aviez travaillé et que le groupe a ensuite repris avec de la nouvelle musique.

Anthony Phillips : C'est un sujet un peu délicat. Il n'y a aucun problème entre moi et les autres membres du groupe à ce propos, mais c'est vrai : il y a deux morceaux qui ont été commencés avant mon départ. De petites parties seulement, mais j'ai bien participé à leurs débuts. D'ailleurs, sur un de mes propres albums, Archive Collection One, nous avons publié une version démo de la première partie de ce qui s'appelait "F-sharp One".

Laurent Rieppi : Que pouvez-vous nous dire de la pochette de l'album ?

Anthony Phillips : C'était un groupe de gens très sympathiques et très réceptifs. Je pense que la pochette semble le refléter. Il est arrivé, par le passé, que l'on aille à des réunions sur les pochettes, que les gens paraissent très gentils, puis qu'ils reviennent avec quelque chose de très étrange, où l'on ne comprend plus rien. Mais la pochette qu'ils ont imaginée, qui combinait une approche un peu médiévale, un peu anglaise, avec un élément discordant, le couteau, je la trouve très réussie. Je crains de ne plus me souvenir du nom de la personne qui l'a réalisée, mais vous me demandez de me rappeler quelque chose de très ancien. Désolé.

Note de l'auteur : la pochette de Trespass est signée Paul Whitehead, nom dont Anthony Phillips ne se souvient pas ici.

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Interview avec Joseph Mount de Metronomy (avril 2014)

J’ai eu le plaisir de rencontrer Joseph Mount, le fondateur et compositeur du groupe anglais Metronomy. Très relax – et fatigué – il m’a reçu dans les coulisses de l’Ancienne Belgique, quelques heures avant le début du concert archi sold out dont vous pouvez retrouver ma review et les photos ici.

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Joseph portait un beau survet, très différent de son costume de scène…

1)      Ce qui m’a frappé à la première écoute de ce nouvel album c’est l’importance des chœurs sur celui-ci. Pouvez-vous m’expliquer votre démarche à ce propos lors de l’enregistrement ?

JM : Avec ce nouvel album, j’ai pensé qu’il serait bien d’avoir un groupe qui assure les chœurs sur les morceaux. J’ai toujours aimé les chœurs. Sur l’album précédent (« English Riviera »), il y en avait déjà beaucoup mais je me doublais moi-même ou Anna (Prior, la batteuse) en faisait également un peu. Mais sur cet album, je me suis dit que ce serait bien d’avoir de nouvelles voix, de nouvelles textures à ajouter à l’ensemble. Ça a apporté quelque chose et je me dis dit que c’était le bon moment de la faire.

 

2)      Une question à propos du concept de cet album « Love Letters ». On ressent une certaine nostalgie avec des titres parfois assez tristes… Quelle était votre idée lorsque vous avez commencé à travailler sur ce nouvel album ?

JM : J’ai commencé à travailler sur cet album sans avoir un concept. L’idée originelle pour cet album était de l’enregistrer dans un studio analogique et de le réaliser à l’ancienne. Et je pense que ça lui a donné cet aspect assez 60’s. Mais il n’y avait vraiment pas de concept au départ. Notre vie dans le groupe a été essentiellement consacrée à tourner un peu partout durant les deux dernières années. Mon expérience de vie a donc été assez limitée et je ne pouvais rien en tirer pour l’écriture. Je pouvais parler du fait de voyager, de communiquer… mais ce n’est qu’à partir du moment on l’on a regroupé quelques idées et que le titre « Love Letters » est apparu que j’ai réellement senti que quelque chose se passait. La seule idée solide au départ était d’enregistrer en analogique…

 

3)      Et quand ça s’est développé par la suite … parce que quand on écoute l’album du début à la fin, il y a réellement un concept…

JM : Oui, d’une certaine façon. Mais ce n’est pas quelque chose que j’ai voulu spécialement, ça c’est fait tout seul et ça s’est fait plutôt bien je pense.

 

4)      C’est votre second album avec le nouveau line-up du groupe, celui qui vous appelez vous-même Metronomy 2.0. Comment pouvez-vous décrire l’ambiance en studio durant l’enregistrement de « Love Letters » ?

JM : C’était différent, il y a avait différentes configurations. Il y avait des sessions plus « électro » durant laquelle Oscar (Oscar Cash, collaborateur de Joseph Mount depuis 2008) et moi travaillions sur nos équipements. Et puis il y avait des sessions plus « fun » quand nous enregistrions tous ensemble. Vous savez quand vous enregistrez avec cet ancien matériel analogique, l’idée est d’enregistrer un morceau en entier en une seule prise et c’était très amusant à faire. Et l’atmosphère était toujours très relax. C’est véritablement dans ce genre d’ambiance que je veux produire un album, une ambiance relax, un album comme cela doit être enregistré dans de telles conditions. Et c’était vraiment bien.

Metronomy, from left, Joseph Mount, Anna Prior, Gbenga Adelekan and Oscar Cash
Metronomy : Joseph Mount, Anna Prior, Gbenga Adelekan et Oscar Cash

 

5)      Et l’enregistrement a pris combien de temps en tout ?

JM : Ca s’est étalé sur plusieurs mois, mais si l’on devait faire une estimation condensée du temps que ça a pris, je dirais que ça a véritablement pris 2 mois et demi. Plutôt bien et court … Oui, ça pourrait être plus court (rires)

 

6)      Mais peut-être pas pour ce genre de musique …

JM : Effectivement, je pense que non …

 

7)      C’est de la musique très produite …

JM : Oui, oui, il faut du temps …

 

8)      Sur l’album précédent, « English Riviera », il y avait une espèce de touche très pop 70’s, un peu à la Fleetwood Mac. Ici sur « Love Letters », le son est peut-être un peu moins précis avec ici un aspect plus Motown. Comment pouvez-vous décrire le son de « Love Letters » ?

JM : Le son est très … très simple. L’idée était que ça devait sonner très simple et minimaliste. Le fait d’enregistrer en analogique a également influencé le son. J’essayais d’obtenir ce son et cette atmosphère très 60’s. J’ai écouté beaucoup de choses durant la réalisation de l’album. Je pensais à la façon dont les musiciens de la Motown ou encore les Beatles enregistraient à l’époque. Ça a été une source d’influence effectivement.

Metronomy-Love-Letters
Love Letters

 

 

9)      Je voulais savoir… quel a été le déclencheur de votre passion pour la musique quand vous étiez enfant ? Avez-vous été inspiré par un artiste, un groupe en particulier ?

JM : Non, ce n’est pas arrivé comme ça. Le point de départ, ça a été la batterie. Je n’étais pas encore vraiment fan de musique mais je cherchais quelque chose d’amusant à faire, je jouais au football aussi, mais je ne trouvais rien d’aussi gratifiant que de jouer de la batterie, de la musique. Je ne me suis jamais dit en voyant quelqu’un à la télévision : « oh, j’aimerais être célèbre comme lui ». Je jouais de la batterie et c’était génial. J’avais 10 ans…

10) Et finalement, je sais que vous êtes très fan des productions léchées. Quel est pour vous l’album le mieux produit de l’histoire?

JM: Mmm…. ce serait quelque chose de Stevie Wonder c’est certain… (il réfléchit longuement). Je dirais « Fulfillingness’ First Finale ».

 

fulfillingnessfirstfinale

 

Quelques clips pour découvrir le groupe :



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Interview de James Edward Bagshaw, leader de Temples et sortie de l'album "Sun Structures"

Je me suis rendu à Londres il y a quelques jours et, à la vitrine de tous les bons disquaires, est mis en avant un album : « Sun Structures » des Temples. Originaire de Kettering (Northamptonshire), le groupe de rock psychédélique a vu le jour en 2012 et aujourd’hui il est considéré comme l’une des meilleures formations britanniques par Noel Gallagher ou par l’ex-Smiths, Johnny Marr. Rencontre avec James Edward Bagshaw, chanteur, guitariste et co-compositeur de l’ensemble des titres avec le bassiste Thomas Warmsley.

sunstructures

 1) Quelques mots sur la création du groupe ?

JB : En fait, au début, ce n’était pas prévu que ce projet devienne véritablement un groupe.  C’était juste Thomas et moi et on échangeait des idées, des idées à propos de morceaux. Et puis on a fini par enregistrer 4 titres nous-mêmes, chez nous. Et puis on les a mis en ligne. Et donc, on a dû donner quelques concerts et c’est ainsi que le groupe – tel que l’on le connait aujourd’hui – a pris forme.

2)  En combien de temps avez-vous enregistré ce premier album « Sun Structures » ?

JB : L’album a été enregistré sur une période d’un an parce qu’au même moment, on n’arrêtait pas de tourner. Si nous n’avions pas autant donné de concerts, cela aurait pris maximum 3 semaines. Mais, là, avec notre agenda de concerts, ça s’est étalé sur une année entière. Finalement ça a donné à l’album un peu d’air… On avait le temps de faire évoluer les titres, il y a des choses inconscientes qui se produisaient lorsque l’on tournait et qu’on était sur la route et puis, en studio, avant d’enregistrer un morceau on se disait « pourquoi n’essayerait-on pas de faire ceci ou cela… ? ».

3)   Un mot sur vos influences musicales. Il est évident – à l’écoute de l’album – que vous avez été influencé par le rock psychédélique des années 60…

JB : Oui et aussi nous aimons la musique classique, Chopin… mais aussi les musiques de film, particulièrement ce qu’a fait John Barry. Une autre source d’inspiration est l’album « Days of Future Passed » des Moody Blues qui a proposé un très bon métissage entre instrumentation classique et pop music avec le travail de musiciens classiques qui jouent très bien, parfois trop même. Evidemment, nous ne disposions pas d’un orchestre classique pour nous accompagner et donc l’album a été écrit avec les limites qui nous ont été imposées. Par exemple,  l’usage d’un mellotron. Mais ça nous a permis de ne pas nous prendre la tête sur certaines orchestrations et ainsi de ne pas perdre l’essence de ce qu’on voulait faire.

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Le mythique « Days of Future Passed » (1967) des Moody Blues, grande influence pour Temples

4)  J’ai vu une vidéo sur Youtube sur laquelle on peut vous voir enregistrer une reprise du Waterloo Sunset des Kinks sur une chaine de radio française.  C’est une très belle version. Que pouvez-vous me dire à propos des Kinks, de Ray Davies, et de leurs influences sur votre musique, sont ils importants pour vous?

JB : Oui, aux côtés d’autres grands groupes britanniques qui dressent un portrait « British » dans leurs musiques. Ce côté excentrique… Ray Davies écrit non seulement de très belles paroles poétiques… lui et Dave Davies, tout cela sonne très anglais. Et si vous êtes anglais, vous avez ce côté presque musicalement patriotique en vous… Vous savez les Kinks, les Beatles, T.Rex, Bowie, Eno… Toutes ces personnes ont ce côté unique, excentrique et une façon très « british » de proposer de la musique.

 

5)   Quand vous étiez enfant, comment avez-vous découvert toute cette musique formidable. Était-ce avec vos parents, vos amis… ?

JB : J’ai commencé assez jeune. Mes parents avaient de bons goûts en musique. Ils étaient surtout branchés par la Motown que j’apprécie beaucoup. Et puis Elvis, les Beatles. Mais je me souviens aussi qu’il détestait particulièrement Bowie et donc je me suis lancé dans une quête pour aimer Bowie …

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Rencontre avec Charlie Jones à l'occasion de la sortie de "Loveform"

Vous vous souvenez probablement de ce jeune bassiste aux cheveux longs qui accompagnait Jimmy Page et Robert Plant dans leurs aventures Page/Plant en studio et en live entre 1994 et la fin des années 90 et le début des années 2000… Devenu bassiste du groupe électro britannique Goldfrapp, Charlie Jones nous propose aujourd’hui « Loveform », un album instrumental fascinant mélangeant jazz, rock, musique classique et quelques éléments de musique électronique. Rencontre avec un musicien complet, passionnant et inspiré. 

charliejonesloveform

 

1)      Dans ce premier album « Loveform », on retrouve  du jazz, du rock, des éléments de musique classique. Certains passages peuvent même évoquer l’ambiance de certaines bandes originales de films. Il est difficile d’ « étiqueter » l’album. Comment décririez-vous le style de l’album en quelques mots ?

CJ : C’est un album très sonique… Tout d’abord, c’est plus un album émotionnel qu’intellectuel. Il fait plus appel à notre émotionnel du point de vue de sa musicalité. Il fait écho à différentes influences, différents styles musicaux du passé, le tout mélangé avec – je l’espère – une certaine harmonie qui donne du sens à l’ensemble. Pour moi, quand j’écoute de la musique rock, de la musique classique ou du jazz… je trouve qu’il y a une sorte de terrain commun entre ces styles. Mais définir le style, le genre de l’album, ce n’est pas évident. Certains disent qu’il a un aspect cinématographique, visuel, et je comprends ce point de vue, mais je n’ai pas conçu la musique avec cela à l’esprit.  C’est un voyage…

2)      Pendant combien de temps avez-vous travaillé à ce premier album solo ?

CJ : Cela m’a pris plus ou moins deux ans. Mais j’ai écrit l’ensemble, intimement, sur une plus longue période. La plupart de l’album – c’est amusant – a été écrit au piano. Et puis j’ai commencé à créer mes propres sons. J’ai un studio à la maison rempli de vieux effets vintages et j’ai ainsi créé des sons qui pouvaient donner un impact émotionnel aux différentes instrumentations.

3)      Avez-vous eu – d’une certaine façon – des influences musicales extérieures lorsque vous avez écrit ces morceaux ?

CJ : Oui je pense et aussi les influences extérieures de ma propre vie. De toutes ces observations que j’ai réalisées. Comme un voyage en tant que musicien mais aussi en tant que mari et père.

4)      Pour l’enregistrer, vous avez mis à contribution quelques-uns de vos amis comme John Baggott ou encore Clive Deamer … Que pouvez-vous nous dire à propos de leurs contributions à cet album ?

CJ : Bien, prenons John Baggott par exemple. C’est un pianiste accompli avec lequel j’ai travaillé de nombreuses années aux côtés de Robert Plant quand j’étais dans son groupe. Il a aussi collaboré avec Massive Attack. J’écrivais un morceau au piano puis il le jouait en tant que musicien sur l’album, avec sa propre habilité de pianiste. C’était un peu la même chose avec Clive Deamer : j’avais une idée très claire de ce que je voulais sur l’album. Il y a quatre ou cinq batteurs différents sur l’album. La raison, c’est que chaque titre a son propre environnement et chaque musicien y apporte sa propre touche dans l’interprétation musicale.

5)      Il y aussi Alison Goldfrapp – avec qui vous travaillez aujourd’hui – qui est invitée sur la plage titulaire « Loveform ». Que pouvez-vous nous dire à propos de ce titre et de sa participation sur celui-ci ?

CJ : Elle a gentiment accepté de participer à l’album. C’est original mais elle siffle sur ce titre et elle le fait très bien, c’est un peu son instrument si vous voulez. Elle a été d’un grand soutien, personnellement mais aussi pour la sortie de ce premier album solo.

6)      J’ai vu sur votre page Facebook que vous avez donné un concert à Londres il y a quelques jours…

CJ : Oui, effectivement, au Vortex. Le concert a très bien fonctionné. Jouer l’album en live a été une expérience très intéressante. Cinq personnes jouant live avec l’aide de pas mal de technologie. Nous avons utilisé une technique mise au point par un de mes amis, Steve Evans, qui avait aussi travaillé à mes côtés quand nous avons produit le dernier album de Siouxsie Soux. Il a pris différents sons issus de mon nouvel album et les a injectés dans des synthés de façon à pouvoir les reproduire sur scène mais avec un autre sens. En live, c’est une expérience assez étrange. C’est très différent de l’album, plutôt hors du commun, c’est une mixture de jazz, de rock et de classique.

7) Vous avez beaucoup travaillé avec Jimmy Page et Robert Plant à l’époque Page/Plant aussi bien en studio que sur scène. Quel est votre souvenir, aujourd’hui, de cette expérience musicale à leurs côtés ?

Le morceau Big Hair sur l’album est une référence à l’époque où je jouais avec Jimmy Page et Robert Plant et que j’avais des cheveux longs. Ce morceau est vraiment à propos du travail que j’ai réalisé avec eux. J’ai travaillé avec eux sur une très longue période, avec Robert pendant 13 ans et avec Jimmy et Robert pendant 5 ans. L’expérience était… c’était un voyage, un fantastique voyage. Je considère que ça a été un véritable apprentissage en tant que bassiste. J’ai beaucoup appris en travaillant avec eux mais je pense que pour ce qui est de revisiter le catalogue de Led Zeppelin pendant plusieurs années, j’ai été aussi loin que je le pouvais. Travailler avec Robert, en tant qu’artiste solo, c’était très différent. La dynamique est très différente que de travailler avec Jimmy et Robert. Mais dans l’ensemble, ça a été une expérience formidable.

8) Et aujourd’hui vous travaillez en solo et avec Goldfrapp…

CJ : Oui, effectivement. Vous savez la différence entre travailler avec Goldfrapp et Page/Plant… Jimmy Page et Robert Plant font toujours référence au blues… Passer de cette grosse machine qu’est l’héritage de Led Zeppelin à un album comme « Black Cherry » de Goldfrapp qui était, à cette époque, une formation qui faisait ses débuts a été un fameux défi. Mais j’ai trouvé cela extrêmement stimulant d’un point de vue créatif. C’était plus ouvert à l’expérimentation et le groupe n’avait pas peur de proposer des choses hors du commun. Pour moi, en tant qu’artiste, c’est quelque chose de primordial. J’aime toujours beaucoup travailler avec eux aujourd’hui…

 

L’album sur Spotify

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Le "Ska revival" revival … Interview avec Pauline Black des Selecter

Pauline Black? Ce nom vous dit vaguement quelque chose mais vous ne vous souvenez pas vraiment …? Petit indice en bas de votre écran…

« Ah oui… voilà, On My Radio, je me souviens » Maintenant que votre mémoire est revenue, découvrons une petite interview de la chanteuse qui fait son grand retour avec les Selecter. Effectivement il semblerait qu’il y ait un véritable revival du « ska-revival » de la fin des années 70 et du début des années 80. Un revival du revival? Complètement dingue ça … Après Madness, The Specials, The Selecter are back … Petite interview exclusive pour ce blog, puis je vous annonce que vous pourrez entendre très prochainement une interview exclusive de Pauline Black sur Classic 21 dans le cadre de la Nuit du Reggae avec Eric Laforge. Ce sera pour le 14 mai!

Pauline Black est la chanteuse du groupe de ska-revival The Selecter …

LR: Quand et comment êtes-vous tombé amoureuse de la musique ?

PB: Je crois vers 10 ans. En effectuant les tâches ménagères pour ma mère, je chantais alors toutes les chansons de la Motown lorsqu’elles passaient à la radio.

LR: Racontez-nous une histoire amusante de l’époque des Selecter.

PB: Lorsque Gap Hendrickson et moi débutions avec l’orchestre, nous collions des papiers avec les paroles sur le devant de la scène. C’est la raison pour laquelle nous bougions autant à nos débuts 😉 C’était tellement fatigant que nous nous sommes empressés de les apprendre par cœur.

LR: Vous avez également travaillé pour la radio et la télévision, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

PB: J’ai travaillé pour la télé, des théâtres et diverses stations de la radio nationale au Royaume Uni durant ces trente dernières années. J’ai même eu mon propre show dans les années 80 : « Black on Black » (Noir sur noir), le premier programme pour les noirs par des noirs au Royaume Uni. J’ai participé à plusieurs séries de fictions, interprétant divers personnages. J’ai été récompensée de plusieurs prix pour mon interprétation de Billie Holiday sur les scènes londoniennes et pour celle d’une femme américaine du sud profond dans « From the Mississippi Delta » au début des années 90. J’ai présenté plusieurs séries de programmes à la radio traitant du reggae, du ska et du 2-tone ainsi que de  la place  des femmes dans les médias.

LR: Voici donc le retour des Selecter. Que pouvons-nous attendre de votre concert en Belgique ?

PB: La même grande énergie, des chansons de scène comme celles qui ont fait la renommée des Selecter. Gap et moi, les chanteurs des débuts, travaillons avec un merveilleux groupe de musiciens. Nous nous sommes adjoints une section de cuivres et le son est impressionnant. Nous allons jouer des morceaux comme « On My Radio »,  « Too Much Pressure », « Three Minute Hero » & « Missing Words » etc, mais nous allons également faire la promotion de notre nouveau simple : « Big in the Body-Small in the Mind » pour la première fois. Nous pensons qu’il est nécessaire pour des groupes de l’époque des 2-Tone d’aller de l’avant tout en rendant hommage à nos succès du passé.

LR: Qu’écoutez-vous sur votre iPod ou comme CD en ce moment ?

PB: Une toute nouvelle chanson que je viens d’écrire avec Jah Wobble, intitulée : « Rocks ». J’ai rencontré Jah Wobbles en Belgique lorsque son groupe et les Selecter partageaient l’affiche du
Sinner’s Day Festival le 31 Octobre 2010. (le Festival de la Fête du pécheur). Son livre « Memoirs of a Geezer » est publié par Serpent’s Tail qui publiera le mien, « Black by Design »,  le 4 août prochain. Nous sommes devenus amis de manière instantanée et nous avons décidé d’écrire un album ensemble. Ce sera plus expérimental que ce que font les Selecter, mais nos premiers essais sont excellents, je suis donc très impatiente. Mais en ce moment toutes mes pensées vont vers le prochain album des Selecter « Made in Britain » qui est sur le point de se’achever et qui sortira le 1er septembre prochain.

Plus d’informations sur Pauline Black et les Selecter: Le site officiel de Pauline Black

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"Working with…": en studio/sur scène avec … David Bowie

Gail Ann Dorsey accompagne David Bowie depuis de nombreuses années. Elle m’a accordé un entretien exclusif dans lequel elle nous parle de son expérience sur scène et en studio avec ce grand artiste et musicien visionnaire…

LR: Quel est votre meilleur souvenir relatif à votre travail avec David Bowie?

Gail Ann Dorsey: Comme vous pouvez l’imaginer, j’ai un nombre incalculable de bons souvenirs relatifs à cette expérience que je considère comme ma meilleure, celle qui m’a donné le plus d’inspiration mais aussi la plus exaltante de ma carrière. Le fait d’avoir l’opportunité d’apprendre et de travailler aux côtés d’un des artistes les plus innovants et les plus brillants a été vraiment un rêve devenant réalité, une véritable bénédiction …

Je pense que j’ai déjà répondu à cette question à l’une ou l’autre occasion, mais je réalise, qu’après toutes ces années, mon meilleur souvenir est toujours resté le même. Donc, je dirai toujours, toute la préparation ainsi que que la soirée du 50ème anniversaire de David Bowie au Madison Square Garden de New York en janvier 1997. C’est vraiment ça! Aux côtés de mes récentes expériences musicales aux côtés de la belle Olivia Newton-John ou de temps que j’ai passé aux côtés de l’extraordinaire Jane Siberry, je ne me suis jamais sentie aussi complète, autant en paix avec même-moi, ou encore aussi consciente de mon pouvoir personnel et de mes dons que lors de ce concert à New York.

(« Moonage Daydream » extrait du concert au Madison Square Garden de New York en janvier 1997)

LR: Racontez-nous une histoire amusante/drôle qui vous est arrivée en travaillant avec David Bowie

Gail Ann Dorsey: Honnêtement, je n’en ai pas une qui me vient en tête comme ça. Je suis certaine qu’il y en a beaucoup, mais rien ne me vient directement à l’esprit à ce propos, c’est peut être le terme « drôle » qui m’arrête. Drôle, amusante, c’est subjectif… Laissez-moi réfléchir …

Bien, en fait, il y a bien une sorte d’histoire amusante… Un jour le coiffeur et maquilleur de David a voulu lui jouer un petit tour et j’étais complice. Je venais alors de m’acheter une perruque de type « Tina Turner »et je la portais parfois sur scène pour ajouter un aspect « théâtral » au concert. Un soir, avant un concert, le coiffeur de David, qui était aussi spécialisé au design de perruque, avait quelque peu arrangé ma perruque. L’assistante de Bowie s’était affolé en me voyant près de la scène et se demandait qui être cette « drôle de femme » qu’elle venait de croiser. Evidemment, après quelques secondes, elle avait fini par me reconnaître, mais elle avait été surprise par le fait que ça me donnait un air totalement différent. Alors, elle s’est demandé si j’arriverai à jouer un petit tour à David. Donc nous nous sommes rendues dans sa loge – je portais ma perruque « Tina Turner » – et m’a présenté comme une vieille amie. Elle a ensuite demandé à David si il se souvenait d’avoir travaillé avec moi sur tel ou tel projets. Il m’a serré la main puis, est resté bien poli et a fait semblant de me reconnaître pendant au moins 30 secondes, puis, finalement, il a réalisé que c’était moi et a bien ri …

Bien… je suppose que c’est plutôt amusant comme anecdote, non?

LR: Votre duo sur scène sur le titre « Under Pressure » avec David Bowie a toujours été un des grands moments des concerts de David Bowie lors des ces 10-15 dernières années. Gardez-vous un souvenir précis de cette performance, aujourd’hui?

Gail Ann Dorsey: Bien, je me souviens de la première fois qu’il m’a demandé de chanter le titre avec lui. C’était ‘backstage’ après un des concerts que nous avions donné avec  Nine Inch Nails en 1995, au tout début de ma collaboration avec David. Il m’avait alors parlé de la version qu’il avait enregistré en duo avec Annie Lennox lors du concert hommage à Freddie Mercury à Wembley en 1992. Non seulement, je suis une énorme fan d’Annie Lennox, mais Queen est mon groupe favoris! Le fait qu’on me demande de me mettre à la place de Freddie Mercury, mon héros, et de m’inspirer du style et de l’intensité musicale d’Annie Lennox était pour moi une proposition incroyable. Je me souviens avoir pleuré… Après ça, j’ai relevé le défi… La suite, c’est juste un autre accomplissement miraculeux de mon incroyable histoire musicale… Je me sens si reconnaissante de cette bénédiction…

LR: Pouvez-vous nous parler de vos projets musicaux actuels?

Gail Ann Dorsey: Je travaille actuellement sur différents projets pour différents artistes et on ne sait jamais ce que l’on va me proposer pour la suite. Demain, je vais commencer à travailler sur un album d’une artiste norvégienne, Rebekka Bakken. Ce sera la première fois que j’aurai l’occasion de travailler avec l’un des mes producteurs favoris: Malcom Burn… Concernant ma carrière solo, je suis en train de tergiverser, comme d’habitude, mais la confiance est là, je peux la sentir …

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Comment se retrouver par hasard en pleine session d'enregistrement du nouvel album de dEUS?

J’ai eu l’occasion de le glisser à l’oreille de certains (et certaines) mais la plupart de ceux qui ont reçu l’information étaient dubitatifs quant à l’aspect « hasard » de l’événement. Et pourtant, Eric « La France » Laforge et moi-même nous sommes bel et  bien retrouvé par hasard en studio à Anvers en plein durant les sessions d’enregistrement du nouvel album de dEUS. Petit récit …


Début de l’année 2011, je décide de prendre contact avec le producteur canadien David Bottrill afin de lui demander s’il accepterait un entretien téléphone à propos de son travail durant l’enregistrement de l’album « US » de Peter Gabriel. Evidemment, j’ai la réalisation d’un Making-of bien en tête et j’ai besoin d’un témoignage clef…

Bottrill semble la personne idéal pour répondre à mes questions. Ce jeune protégé de Daniel Lanois (légendaire producteur de U2 et fidèle collaborateur de Brian Eno) a commencé sa carrière comme assistant-son sur l’album « So ». Ensuite il est devenu l’ingénieur du son pour la plupart des albums de Gabriel qui ont suivi et est finalement devenu producteur notamment dedEUS, Muse ou encore Placebo.

Je le contacte sur son mail auquel est associé l’adresse de son studio au Canada. Quelle n’est pas ma surprise lorsqu’il me répond : « Laurent, je suis actuellement à Anvers, voici mon numéro de téléphone cellulaire pour l’Europe ». Je n’avais absolument aucune information à propos de sa présence sur notre territoire. Anvers? Belgique? Je contacte des personnes proches du groupe : « dEUS ne serait-il pas actuellement en train d’enregistrer dans leurs studios anversois?« . Oui, ils sont en studio en ce moment.

Nouveau mail à David Bottrill:

LR: David ne seriez-vous pas en train d’enregistrer un nouvel album avec dEUS?

David Bottrill: Effectivement Laurent. Je me doutais que tu serais au courant, viens nous rejoindre en studio, on fera l’interview pendant le break avant le dîner.

Le rendez-vous est pris. C’est comme ça qu’Eric Laforge et moi-même débarquions un soir dans la banlieue d’Anvers. Nous sommes accueillis chaleureusement par le producteur à notre arrivée. Il nous ouvre les portes de ce studio impressionnant. Le groupe est occupé à réécouter ce qu’il vient d’enregistrer et ça sonne très bien, on peut s’attendre à une excellent cuvée pour ce dEUS 2011 prévu pour le mois de septembre.

Sur place, c’est un studio très moderne mais très loin des studios à l’américaine rempli de bois laqué. Le studio ressemble plus à une usine d’expérience musicale. Il y a des instruments et des mac books un peu partout, sur le divan, par terre… Des instruments parfois étrange, que l’on voit rarement. Klass Janszoons nous parle d’un instrument qui nous intrigue particulièrement et le producteur nous en joue quelques notes. Bottrill qui nous révèle ensuite les secrets de fabrication de l’album « Us » (que vous découvrirez prochainement sur Classic 21 dans le Making-of). Avec notre accent frenchie plus que reconnaissable, les différents membres du groupe viennent vers nous : « vous parlez français »? Et on discute un peu avec chacun d’entre eux. Après l’interview, Tom Barman, leader du groupe, se montre intéressé par le travail effectué par Bottrill sur « Us ». Barman semble apprécier l’album de Gabriel.

Tom Barman: « Vous enregistrez l’interview de David pour quelle émission? »

LR: « Pour le Making-of de Marc Ysaye sur Classic 21. D’ailleurs nous avions enregistré ensemble une interview à propos de la réalisation de l’album ‘Ideal Crash’ pour l’émission »

Tom Barman: « Ah oui, je m’en souviens. C’est une excellente émission, on l’écoute souvent Mauro et moi quand on est en voiture … »

Plutôt sympa, non? Eric Laforge discute également avec Tom Barman et lui rappelle qu’ils se sont croisés au récent concert de Gorillaz à Anvers, concert que le leader de dEUS a, semble-t-il particulièrement apprécié. Le temps de quelques photos encore et puis nous nous éclipsons discrètement question de laisser les artistes aller se restaurer dans une taverne du coin…

Oui, oui, il s’agissait bien du hasard le plus total, comme quoi le hasard fait parfois bien les choses…

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