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Portrait d'Anthony Phillips jouant de la guitare 12 cordes en studio, casque sur les oreilles

Anthony Phillips et les débuts de Genesis jusqu'à la réalisation de l'album "Trespass"

Portrait d'Anthony Phillips jouant de la guitare 12 cordes en studio, casque sur les oreilles
Anthony Phillips. Photo : Prog_Ress / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

Cofondateur de Genesis et guitariste du groupe à ses débuts, Anthony Phillips raconte la naissance de la formation à Charterhouse School en 1967, puis l'enregistrement de l'album "Trespass" à l'été 1970 aux Trident Studios de Londres. Il évoque aussi son travail avec le producteur John Anthony et la façon dont il voulait faire sonner sa guitare 12 cordes.

Anthony Phillips fonde Genesis en 1967 avec Mike Rutherford, Peter Gabriel et Tony Banks, sur les bancs de Charterhouse School. Il quitte le groupe en 1970, après l'enregistrement de Trespass, puis mène une carrière solo qui compte notamment The Geese & The Ghost (1977) et la série d'albums Private Parts & Pieces.

C'est le 9 janvier 2007 que je l'ai interviewé, en anglais, et c'est cet entretien, traduit en français, qui ouvre la section Archives interviews du site. Anthony Phillips y revient sur la formation de Genesis, sur les conditions d'enregistrement de Trespass et sur les choix de sons qui ont fait l'identité du groupe à cette époque.


Laurent Rieppi : Pouvez-vous nous expliquer comment le groupe Genesis s'est formé, tout au début ?

Anthony Phillips : Le groupe s'est formé à Charterhouse School en 1967, entre Mike Rutherford et moi, qui jouions dans différents groupes à l'école, où nous reprenions les Beatles, les Rolling Stones et ce genre de choses. Les deux plus âgés étaient Peter Gabriel et Tony Banks, qui écrivaient des chansons ensemble. Nous nous sommes retrouvés comme deux duos d'auteurs, d'un côté les claviers, de l'autre la guitare, et Genesis est parti de là. Au début, c'était vraiment un groupe d'auteurs de chansons. Nous avons fait un ou deux singles, puis le premier album, et nous étions encore avant tout des auteurs. Quand nous avons fait Trespass, c'était complètement différent, parce que nous avions passé neuf mois sur la route et que nous étions devenus un véritable groupe. C'est ce qui s'est vraiment passé durant les deux ou trois premières années.

Laurent Rieppi : Où et quand cet album a-t-il été enregistré ?

Anthony Phillips : Il a été enregistré en 1970 aux Trident Studios, à Londres, dans le West End, juste à côté de Wardour Street. C'est un studio très connu, où Elton John enregistrait beaucoup. Je crois que les Beatles y ont enregistré "Hey Jude". Ils enregistraient beaucoup à Abbey Road, mais on m'a dit par la suite qu'ils avaient enregistré "Hey Jude" à Trident. Beaucoup de gens très célèbres y sont passés. Nous étions évidemment très impressionnés, mais nous étions sur la route depuis neuf mois et nous n'avions pas vraiment le temps de changer notre répertoire de scène. Nous sommes donc entrés en studio pour enregistrer à peu près les morceaux que nous jouions en concert. Certains groupes, quand ils font un album, enregistrent d'autres titres, mais nous n'avions pas le temps de les répéter. Nous sommes arrivés là en sortant de la route, vers la fin avril 1970, et nous avons enregistré en plein été. L'album est sorti à l'automne.

Laurent Rieppi : Combien de temps a pris l'enregistrement ?

Anthony Phillips : C'est une très bonne question, et je ne m'en souviens vraiment pas. Probablement pas très longtemps, parce que nous étions rapides et qu'il s'agissait en réalité de passer en revue notre set de scène. Je pense que cela a pris deux semaines, pas plus. Nous avons enregistré les bases, puis quelques ajouts. Notre producteur de l'époque s'appelait John Anthony, un homme très gentil. À cette époque, on ne vous laissait pas intervenir au milieu d'un morceau. Si vous vouliez ajouter un instrument, il fallait repartir du début du titre, et certains morceaux, "Looking for Someone", "Stagnation" et "The Knife", étaient longs. Pour une raison ou pour une autre, ils n'aimaient pas enregistrer au milieu d'un morceau. Je me souviens que Mike Rutherford a dû rester assis cinq ou six minutes pour attendre le moment d'ajouter un passage de guitare classique. Quand on attend cinq ou six minutes avant de jouer, on est très nerveux au moment d'y aller. Cela prenait donc un peu plus de temps. Aujourd'hui, on intervient instantanément, mais à l'époque, c'était assez basique. Je pense que cela n'a quand même pas pris plus de quelques semaines, parce que nous étions rapides.

Laurent Rieppi : Vous avez parlé de John Anthony. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre travail avec lui en studio ?

Anthony Phillips : Il n'avait pas beaucoup de choses à changer musicalement. Certains producteurs sont impliqués dès le départ : vous avez une idée, une base de chanson, mais vous ne savez pas encore comment la faire sonner, comment l'habiller pour qu'elle passe au mieux auprès du public. Nous, nous avions une manière de faire très arrêtée, et il n'y avait pas le temps pour que quelqu'un vienne nous dire que nous faisions fausse route. Nous avions aussi été signés par Charisma Records pour jouer de cette façon. Ils aimaient les chansons et ne voulaient pas que nous changions tout. Il y a peut-être eu une suggestion pour un instrument supplémentaire ou une harmonie en plus, mais nous avons à peu près tout fait comme sur scène, avec quelques ajouts, ce qui ne laissait pas beaucoup de marge de manœuvre à John Anthony. Son rôle était double, je crois. D'abord, il nous donnait confiance, parce que nous n'avions pas fait beaucoup de studio. C'était un homme très drôle et très amical, qui nous mettait à l'aise, nous encourageait et ne s'impatientait pas. Ensuite, et c'était la deuxième partie, la plus importante, il s'agissait de traduire techniquement cette musique de scène en un enregistrement qui sonne bien. Cela se passait entre lui et l'ingénieur du son, qui s'appelait Robin Cable.

Laurent Rieppi : Peut-être une question sur le budget. Vous souvenez-vous de ce qu'il était ? Je crois qu'il était assez limité.

Anthony Phillips : Je n'en ai absolument aucune idée. À l'époque, on ne posait tout simplement pas la question. Je n'avais que 17 ou 18 ans, et la dernière chose que j'aurais faite, c'était de demander combien coûtait le studio de l'heure. Nous n'en avions aucune idée. Je pense que personne ne s'en souciait vraiment. Nous étions très responsables, nous n'allions pas perdre de temps. Il s'agissait de nous trouver un bon studio, un bon producteur, de nous mettre au travail et de veiller à ne pas gaspiller de temps. Je pense que l'album a probablement perdu de l'argent au départ, mais comme nous étions rapides, il n'a pas dû coûter très cher.

Laurent Rieppi : Pouvez-vous nous parler des guitares que vous avez utilisées pour enregistrer cet album ?

Anthony Phillips : J'ai utilisé à peu près ce que je jouais sur la route. À la guitare électrique, c'était ma Stratocaster, et pour l'acoustique, uniquement une 12 cordes. Mike Rutherford changeait davantage d'instrument : en plus de la basse, il jouait de la 12 cordes acoustique, et il a aussi enregistré quelques ajouts à la guitare classique à cordes nylon, deux ou trois. Moi, je me limitais à la guitare électrique et à la 12 cordes. Ce qui était intéressant, c'est que je voulais pour la 12 cordes un son très particulier, très différent de ce que font la plupart des gens. La plupart l'utilisent comme un instrument de percussion : on gratte pour accompagner le chant, et dans un morceau chargé, on n'entend souvent presque rien d'autre que le bruit du médiator. On disait que cela sonnait comme une planche à laver. Nous, nous étions beaucoup plus attachés au son même de la 12 cordes, ou de deux 12 cordes, et aux harmonies. La dernière chose que nous voulions, c'était qu'elle sonne comme cela. Je me souviens d'un système où je l'enregistrais avec un micro de contact (un capteur) branché sur mon petit préampli, pour m'éloigner de ce son trop dominé par le médiator. Ce n'était pas un son extrêmement brillant, mais une 12 cordes très brillante, jouée au médiator dans un morceau, pouvait donner l'impression de quelqu'un qui joue d'une planche à laver. J'ai eu un accrochage avec Robin Cable, un ingénieur du son très connu, qui m'a dit que cela ne sonnait pas comme une 12 cordes. Je lui ai répondu que pour moi, si. C'était le son que je voulais. Cela a été difficile, parce que nous étions très inexpérimentés, et qu'il arrivait avec toute son expérience en me disant que j'étais naïf. Cela a donc été un petit combat, mais je pense que j'avais absolument raison. Nous avions ce son, et tout tenait grâce à lui. Si j'avais complètement changé de son, cela aurait affecté le son d'ensemble du groupe. Il a fallu nous battre un peu pour garder la manière dont nous avions pris l'habitude de travailler. John Anthony, lui, n'y a vu aucun problème.

Laurent Rieppi : Pouvez-vous nous parler de l'écriture et de l'enregistrement du titre "Looking for Someone" ?

Anthony Phillips : Mes souvenirs de chaque titre sont un peu flous aujourd'hui, car cela remonte à environ 3 000 ans. "Looking for Someone" était à l'origine un titre de Peter Gabriel. La chanson de base, Peter Gabriel et Tony Banks l'ont écrite ensemble, Tony l'a aidé à la développer. La partie instrumentale qui en découle, nous l'avons composée collectivement, à peu près à l'époque où nous avons écrit "The Knife". Ces deux titres ont donc un noyau, une chanson tout à fait classique avec une sorte de couplet et de refrain. Ensuite, la partie instrumentale est née d'improvisations, et c'était vraiment une composition de groupe. Sur "Looking for Someone" comme sur "The Knife", la partie instrumentale qui prend le relais est l'œuvre de tout le monde ensemble. Ce n'était pas Gabriel et Banks d'un côté, Rutherford et moi de l'autre. Chacun apportait sa part, et je pense que c'est pour cela que c'est fort : le développement de ces deux titres est celui d'un groupe entier, à partir de ce que nous appelions le noyau de la chanson. Mais "Looking for Someone" est bel et bien parti d'un titre de Peter Gabriel. Nous avons toujours trouvé que cela sonnait un peu comme du Stevie Winwood, dont nous étions tous fans.

Laurent Rieppi : Comment décririez-vous l'atmosphère pendant l'enregistrement de cet album, au sein du groupe ?

Anthony Phillips : Pour moi, pour être franc, c'était difficile, car j'avais eu beaucoup de difficultés sur la route auparavant. C'est amusant de m'entendre tousser maintenant, parce que j'ai l'air d'être toujours malade. Mais juste avant l'enregistrement, j'avais fait une bronchopneumonie, ce qui n'était pas aussi grave que cela en a l'air. C'était comme la toux que j'ai aujourd'hui, mais en bien pire. Nous avions donc eu deux semaines de repos loin de la route avant d'entrer en studio. Personnellement, je me sentais un peu déprimé. Je pense que tout le monde était plutôt reposé, puisque nous ne tournions plus. L'atmosphère était donc plutôt bonne, je crois. John Anthony avait la main très légère, il était drôle, il nous encourageait et, comme je le disais, il nous donnait confiance. Nous avons dû livrer quelques batailles, comme je l'ai dit, avec Robin Cable, mais il était très gentil lui aussi.

Laurent Rieppi : Quel est votre titre préféré sur cet album ?

Anthony Phillips : Je ne crois pas en avoir vraiment un, c'est plus une question de souvenirs. Peut-être "Stagnation", parce qu'il comporte beaucoup de sections différentes, et c'était amusant. J'ai particulièrement aimé jouer les parties de deux 12 cordes avec Mike pendant que Tony jouait certaines parties d'orgue. C'était un bon moment.

Laurent Rieppi : Il me semble qu'une part de votre écriture subsiste sur l'album suivant, sur certains titres sur lesquels vous aviez travaillé et que le groupe a ensuite repris avec de la nouvelle musique.

Anthony Phillips : C'est un sujet un peu délicat. Il n'y a aucun problème entre moi et les autres membres du groupe à ce propos, mais c'est vrai : il y a deux morceaux qui ont été commencés avant mon départ. De petites parties seulement, mais j'ai bien participé à leurs débuts. D'ailleurs, sur un de mes propres albums, Archive Collection One, nous avons publié une version démo de la première partie de ce qui s'appelait "F-sharp One".

Laurent Rieppi : Que pouvez-vous nous dire de la pochette de l'album ?

Anthony Phillips : C'était un groupe de gens très sympathiques et très réceptifs. Je pense que la pochette semble le refléter. Il est arrivé, par le passé, que l'on aille à des réunions sur les pochettes, que les gens paraissent très gentils, puis qu'ils reviennent avec quelque chose de très étrange, où l'on ne comprend plus rien. Mais la pochette qu'ils ont imaginée, qui combinait une approche un peu médiévale, un peu anglaise, avec un élément discordant, le couteau, je la trouve très réussie. Je crains de ne plus me souvenir du nom de la personne qui l'a réalisée, mais vous me demandez de me rappeler quelque chose de très ancien. Désolé.

Note de l'auteur : la pochette de Trespass est signée Paul Whitehead, nom dont Anthony Phillips ne se souvient pas ici.

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