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Portrait en noir et blanc de la soprano Montserrat Caballé, vue de trois quarts, les cheveux relevés, avec une boucle d'oreille, une veste à motif pied-de-poule et une broche

Montserrat Caballé et l'enregistrement de l'album "Barcelona" avec Freddie Mercury

Portrait en noir et blanc de la soprano Montserrat Caballé, vue de trois quarts, les cheveux relevés, avec une boucle d'oreille, une veste à motif pied-de-poule et une broche
Montserrat Caballé à Milan en 1971. Photo : auteur inconnu, Mondadori Publishers / Wikimedia Commons, domaine public en Italie

La soprano catalane Montserrat Caballé, disparue en 2018, raconte sa rencontre avec Freddie Mercury et l'enregistrement de l'album "Barcelona", dont le titre éponyme est devenu l'un des hymnes des Jeux olympiques de 1992. Elle évoque aussi la réédition de cet album, dont elle n'avait pas encore reçu la nouvelle version, et le souvenir d'un Freddie Mercury très simple et un peu timide, loin de son image de scène.

C'est en août 2012 que j'ai interviewé Montserrat Caballé, par téléphone, à l'occasion de la réédition de l'album Barcelona, qu'elle avait enregistré avec Freddie Mercury. L'entretien s'est déroulé en français, une langue qui n'était pas la sienne : j'ai donc légèrement corrigé la grammaire et le vocabulaire de ses réponses pour en faciliter la lecture, sans jamais en modifier le sens.

J'ai interrogé Montserrat Caballé sur sa première rencontre avec Freddie Mercury, puis sur la manière dont l'album s'est enregistré à Londres entre deux tournées. À l'époque, elle n'avait pas encore reçu la nouvelle version de l'album, dans laquelle un orchestre classique accompagne les enregistrements réalisés avec Freddie Mercury. Elle est décédée à Barcelone le 6 octobre 2018, à l'âge de 85 ans.


Laurent Rieppi : Je voudrais d'abord vous interroger sur votre toute première rencontre avec Freddie Mercury, qui a toujours été un très grand admirateur de votre carrière. Comment cette rencontre s'est-elle déroulée ? Était-il nerveux à l'idée de vous rencontrer ?

Montserrat Caballé : Il ne s'agissait pas seulement d'une rencontre : nous devions aussi parler de l'hymne olympique. Il était donc déjà prévu que ce serait une rencontre positive, sûrement, pour deux raisons. D'abord, il aimait beaucoup l'opéra. Ensuite, c'était un bon musicien : il avait beaucoup étudié la musique, il savait composer, écrire la musique et jouer du piano. Il était donc facile de parler avec un musicien, et pas seulement avec un "chim-chim-poum-poum" à qui l'on doit tout faire. Le dialogue entre nous a toujours été très musical. Peu à peu, nous avons envisagé ce que nous pouvions faire ensemble, lors de nos premières rencontres à Barcelone. Et ce fut une belle rencontre, je vous le dis : nous nous sommes connus et nous avons immédiatement parlé la même langue, disons. Nous avons ensuite eu la chance de pouvoir travailler ensemble à Londres. Ce n'était pas tout à fait comme il le souhaitait : il voulait faire un grand album avec un orchestre. Mais, avec les tournées qu'il avait et que j'avais, on ne nous laissait pas le temps de fixer des dates avec un orchestre. Nous repartions donc en tournée, et quand nous avions un peu de temps, nous rentrions à Londres pour enregistrer un nouveau titre de l'album, puisqu'il y en avait plusieurs, en plus de "Barcelona". C'est ainsi que nous avons fait l'album. J'étais très heureuse, parce que lorsque nous l'avons présenté au maire de Barcelone, il a immédiatement dit oui : c'est fantastique comme hymne olympique. C'est un appel à venir dans une très belle ville, et aussi un appel adressé aux jeunes pour qu'ils viennent aux Jeux olympiques. Et c'est ainsi que cela s'est fait.

Laurent Rieppi : Comment cela s'est-il passé ? Vous veniez d'un monde radicalement différent, celui de l'opéra, alors que Freddie Mercury venait de la pop et du rock. Vous avez enregistré un album composé de plusieurs titres, ce qui n'est pas du tout le même format qu'un album d'opéra. Comment avez-vous fait pour vous adapter à un style très différent du vôtre ?

Montserrat Caballé : Vous savez, quand on fait de la musique, il n'est pas nécessaire de s'adapter : on fait de la musique. Quand on ne fait que du bruit ou des rythmes, c'est une autre affaire. Mais composer de la musique, c'est autre chose. La musique, quand elle a une ligne, et pas seulement un rythme, s'appelle de la musique, et la différence est là. Il n'y a rien à adapter, puisque la composition, c'est une ligne de musique. Cette ligne de musique vous porte vers l'expressivité, vers la créativité. C'est la même chose que fait un compositeur, d'une autre façon, par un autre chemin, mais c'est de la composition musicale. Chanter n'est donc pas difficile. Ce n'est pas une adaptation, c'est une ligne de chant. C'est un processus naturel.

Laurent Rieppi : L'album Barcelona et le titre "Barcelona" sont importants, puisqu'ils ont permis de faire découvrir l'opéra à un nouveau public, différent du public habituel. Était-ce votre but, à vous et à Freddie, de faire découvrir l'opéra au monde de la pop, et donc à un large public ?

Montserrat Caballé : Moi, je n'ai jamais pensé à cela. Je ne sais pas si lui y a pensé, il ne me l'a pas dit. Il m'a seulement dit qu'il aimait beaucoup l'opéra et qu'il voulait faire cet album, puisque c'était son dernier album. Il m'a expliqué tout ce qui lui était arrivé et tout ce qui allait encore lui arriver. C'était donc un travail très intense et en même temps très sensible, plein d'intérêt. Chaque titre avait l'essence d'une dernière fois. Je ne sais pas si vous comprenez ce que je veux dire. Et quand nous le faisions ensemble, tous les deux, nous ressentions cette sensation. C'est une sensation très profonde et surtout très vraie. Nous avions la chance de le faire ensemble, et j'ai eu la chance d'être avec lui avant son départ. Bien sûr, ce n'était pas facile de le faire sur scène avec lui, parce qu'il savait que c'était sa dernière fois. Chaque fois que nous le faisions, vous savez. Et cela, c'était vraiment très émouvant.

Note de l'auteur : Barcelona est le dernier album solo de Freddie Mercury. Il retrouvera ensuite Queen pour The Miracle, en 1989, puis Innuendo, en 1991.

Laurent Rieppi : J'ai toujours voulu vous poser une question à propos de ce projet que j'adore avec Freddie Mercury. Avant d'enregistrer ce titre et cet album avec vous, lorsqu'il jouait à Wembley en 1986 par exemple, il avait une voix très fatiguée. Or, lorsqu'il chante avec vous, et même sur les derniers albums de Queen, à la toute fin de sa vie, j'ai l'impression que sa voix s'est améliorée. Lui avez-vous donné des conseils ?

Montserrat Caballé : Non, pas du tout.

Laurent Rieppi : Pas du tout ? Je pensais que vous aviez peut-être exercé une influence sur lui.

Montserrat Caballé : La seule chose, je crois, c'est qu'il ressentait les choses d'une manière différente, peut-être, au fond de lui. Et peut-être que la sensibilité et la sonorité changent lorsqu'il pense à certaines choses.

Laurent Rieppi : Je reviens à la nouvelle version de l'album qui va ressortir. Dans cette version, un orchestre classique complet accompagnera les enregistrements sur lesquels vous chantez avec Freddie Mercury. Avez-vous déjà écouté la version définitive ?

Montserrat Caballé : Non, je ne l'ai pas encore reçue. On m'a promis que je l'aurais à la fin de la semaine. J'ai très envie de l'écouter.

Laurent Rieppi : Pour vous, est-il important que l'album soit réorchestré de cette façon ?

Montserrat Caballé : Pour moi, c'est important parce que c'était le rêve qu'il avait : il voulait toujours faire cet album avec un orchestre. À Londres, nous ne pouvions pas, nous n'avions pas le temps. Mais il avait rêvé de le faire avec un orchestre symphonique. Il disait que ce serait beaucoup mieux, mais nous n'en avons pas eu la chance. C'est pour cela que nous l'avons fait comme nous l'avons fait. Et malgré tout, c'était très bien fait.

Laurent Rieppi : Je voudrais aussi vous interroger sur ce que vous avez fait par la suite. Après cet enregistrement avec Freddie Mercury, vous avez continué à travailler avec des personnalités de la pop et du rock, notamment avec Bruce Dickinson, le chanteur d'Iron Maiden, et, en France, avec Johnny Hallyday. Ce projet avec Freddie Mercury vous a-t-il ouvert de nouveaux horizons de collaboration avec des artistes issus d'un monde différent ?

Montserrat Caballé : Disons qu'un peu, oui. Mais surtout lorsque nous avons rendu hommage à Freddie après sa mort : nous avons fait un album avec plusieurs chanteurs du monde entier, un album hommage à sa mémoire. Je l'ai fait avec plaisir, bien sûr. Et je n'ai jamais refusé, lorsqu'on me demandait de chanter avec quelqu'un dans quelques concerts. J'ai toujours dit oui, bien sûr. Nous chanterons un titre ensemble avec un chanteur moderne, parce que, comme vous l'avez dit, nous avons ouvert des portes et des fenêtres pour faire mieux ensemble : pour que ces deux mondes ne soient pas séparés, mais soient deux mondes qui aiment la musique, qui s'admirent l'un l'autre et qui cherchent le contact, au lieu de rester isolés.

Note de l'auteur : Bruce Dickinson chante "Bohemian Rhapsody" et Johnny Hallyday "Chanter pour ceux qui sont loin de chez eux" avec Montserrat Caballé sur l'album Friends for Life, sorti en 1997.

Laurent Rieppi : Après l'enregistrement de l'album Barcelona, êtes-vous restée en contact avec Freddie Mercury durant ses derniers temps, que ce soit à Londres, chez lui, ou par téléphone ?

Montserrat Caballé : Oui, jusqu'à la fin.

Laurent Rieppi : Pourriez-vous décrire en quelques mots la personnalité de Freddie Mercury, le souvenir qu'il vous laisse aujourd'hui ?

Montserrat Caballé : Le souvenir que j'ai de lui, c'est celui d'une personne très simple, pas du tout comme il était sur scène, au contraire, très simple, un peu timide. C'était aussi une personne très tournée vers l'aide aux autres, comme il l'a fait, pas seulement à propos de sa maladie et de la fondation qu'il a créée, mais aussi pour les êtres humains. Il était très sensible à tout ce qui arrivait dans le monde. Et bien sûr, cela le rendait parfois un peu triste, à cause des événements mondiaux. Il ne comprenait pas pourquoi il y avait cette espèce d'incompréhension entre les êtres humains. Comme il le disait, il n'y avait qu'un seul Dieu pour tous les humains, sous des noms différents. Et ce Dieu est un Dieu bon, qui a fait la Terre et les humains. Ils n'avaient aucune raison de ne pas être amis.

Note de l'auteur : La fondation Mercury Phoenix Trust, consacrée à la lutte contre le sida, a été créée en 1992, après la mort de Freddie Mercury survenue en 1991.

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